Ce que pourrait être l’école de la réussite pour tous.

Ami(e)s de la république et de l’enseignement public, salut à vous…

Cet article n’est pas dévoué à la cause de l’enseignant, du géniteur d’apprenants ou encore de mon cher ministre de tutelle mais à celle des enfants, celle des élèves qui se retrouvent englués dans un système qui ne leur convient pas.

Comme beaucoup de ceux qui liront cet article j’ai profité de l’ascenseur social que constituait l’école, or aujourd’hui cet ascenseur est en panne et le sera durablement si rien n’est fait!

Pourtant, il faut bien reconnaître que la France s’évertue à vouloir offrir les mêmes chances à chacun quel que soit son milieu d’origine. Dans notre système éducatif les enfants sont scolarisés très tôt, suivent un même cursus de la maternelle jusqu’à la fin du collège unique. C’est ce modèle du collège unique, outil de démocratisation du droit à l’instruction pour tous, qui est en faillite. On peut affirmer que l’objectif premier du collège unique qui était d’amener tout le monde à l’école jusqu’à 16 ans est une réussite. Ce qui l’est moins c’est l’état dans lequel ressortent les élèves de ce collège.

Tous les enfants, les élèves, sont aujourd’hui dans le même ascenseur social  sauf que je le répète celui-ci est en panne. La bonne question qu’il faut légitimement se poser c’est pourquoi est-il en panne, pourquoi ne remplit-il plus son rôle?

Je ne vais pas faire comme certains journaux télévisés vous proposant une interlude pour maintenir le suspens et les auditeurs devant leur écran… Je vous donne les clés de suite. A une époque ou la massification de l’éducation était un enjeu national pour la croissance et l’avenir de la nation personne ne s’est soucié de savoir :

  1. si l’ascenseur social était capable de fonctionner avec un aussi grand nombres d’élèves d’origines sociales et culturelles si différentes.
  2. si ceux qui étaient à l’intérieur de cet ascenseur en comprenait réellement le fonctionnement et étaient à même de s’en servir correctement.
  3. si tous ceux qui étaient montés dedans voulaient en descendre au même étage.
  4. et enfin si cet ascenseur était aux normes de sécurité.

Aujourd’hui chacun de ces points impose un constat plutôt sombre.

Le collège ne réussit plus à amener les enfants de la classe ouvrière vers des filières d’excellence.

  • D’après l’Insee, enquêtes emploi de 1998 à 2002 : 54% des enfants dont le père est sans diplôme ont redoublé au moins une fois en 3ème. Ils ont un retard d’au moins un an.
  • Christian Baudelot dans  un colloque à l’école normale supérieur sur « Classe préparatoires et grandes écoles  en mai 2003 » déclare la chose suivante :  Les classes préparatoires des grandes écoles comprennent 54% d’enfants de cadres supérieurs ou d’enseignants, alors que ces catégories ne représentent que 15 % des élèves de 6ème.

Les élèves qui sont au collège appréhendent mal le fonctionnement de l’école et en il en est souvent de même pour les parents.

  • le redoublement étant de plus en plus proscrit les élèves pensent qu’il est possible de passer indéfiniment de classe en classe… jusqu’au couperet de la 3ème, puis de la seconde pour ceux qu’on laisse passer en sachant qu’ils courent au désastre.
  • Les parents pensent que leur enfant est soudain capable de se mettre à travailler quand en plus de divers problèmes celui-ci a accumulé d’énormes lacunes dans de nombreuses matières.
  • les enfants pensent que les souhaits sont indépendants de leurs résultats et tombent des nues face aux coefficients des matières qui conditionnent leur acceptation dans certaines filières.
  • les parents eux restent dubitatifs face aux vœux possibles et les points de bonification.

Le collège unique propose un aller simple pour la seconde :

  • cela induit forcément parents et élèves en erreur.
  • les élèves en échec scolaire depuis la sixième ne voient aucune issue de secours
  • de leur coté les parents veulent que leur enfant aille jusqu’en 3ème… puis on verra… puis en seconde!!
  • en 4ème qui représente un niveau charnière, par le niveau d’abstraction soudainement demandé, on assiste souvent à l’abandon de certains élèves face aux difficultés qu’ils rencontrent et pour eux il n’y a que très peu de situations envisageables.

L’ascenseur social qu’est l’école n’est pas assez bien sécurisé voir pas du tout puisque 150000 jeunes sortent chaque année du système scolaire sans aucune qualification.

Si on veut faire quelque chose de durable, d’efficace et suscite l’adhésion il convient donc de bien fixer les objectifs et les différents niveaux où l’on peut intervenir.

Les premiers objectifs sont à mener dès le CP

Dans son « Rapport de mission sur l’acquisition du vocabulaire à l’école élémentaire » du 23 février 2007, Alain Bentolila rapporte qu’à la fin du CE1 les élèves au vocabulaire le plus pauvre connaissent en moyenne 3000 mots radicaux quand ceux moyennement pourvus atteignent 6000 et ceux au vocabulaire le plus riche atteignent les 8000 mots. Le gain lexical annuel étant évalué à une moyenne de 1000 mots radicaux, cela montre qu’il peut exister un écart de 5 ans entre ceux au vocabulaire le plus pauvre et ceux au vocabulaire le plus riche. Ce retard ne pourra jamais être comblé les années suivantes et c’est donc en amont qu’il faut opérer.

Apprendre à lire et à écrire convenablement, ainsi qu’acquérir le vocabulaire nécessaire à une compréhension et une expression claire et précise correspond à la base fondamentale sur laquelle il convient de mettre une grande partie des moyens.

Pour cela il faut préconiser le dédoublement des classes en CP (comme a déjà pu le dire Luc Ferry qui parfois ne dit pas que des conneries), développer l’apprentissage d’un vocabulaire défini et expliciter le vocabulaire adapté des textes étudiés afin d’aider au mieux à fixer ce vocabulaire.

Cette disposition permettra dès le plus jeune age de diminuer, même si elle n’empêchera pas complètement, la fracture entre les élèves ayant la capacité de fixer rapidement vocabulaire et tournure de phrase quand d’autres en seraient encore à acquérir un vocabulaire commun encore inconnu pour eux.

La seconde série d’objectifs concerne l’évaluation des compétences acquises au primaire à la fin du CM2, et la remédiation suite aux évaluations.

Il faut d’abord ajuster la phase d’évaluation qui pendant longtemps s’est faite à l’entrée en 6ème c’est à dire trop tard et à l’heure actuelle trop tôt dans l’année de CM2. Celle-ci doit intervenir  fin du mois de Mai-début juin de façon a avoir été le plus loin possible dans les programmes. Il faut ensuite penser au volet remédiation qui jusqu’à présent se traitait soit par des heures de soutien de français en 6ème (peu d’heures et un peu tard pour résoudre tous les problèmes) soit par des PPRE auxquels cas certains établissement étaient obligés de choisir parmi ceux le plus en difficulté à défaut de ne pas tous leur en proposer un. A noter qu’il devient difficile de trouver des heures de soutien quand les DHG des établissements fondent comme neige au soleil.

Plus sérieusement, si on veut que cela serve à quelque chose il faut décider de la mise en place d’une case située entre CM2 et 6ème dans laquelle pourraient se retrouver professeurs du collège et instituteurs afin de permettre aux élèves qui n’auraient pas les compétences requises d’y accéder dans de meilleurs conditions. Cette structure reste évidemment à inventer, mais là encore un travail sur le vocabulaire, la compréhension des consignes et l’expression précise de sa pensée serait nécessaire car c’est actuellement là que s’observe les plus gros déficits chez les élèves de 6ème.

Cette disposition permettrait de faire accéder en 6ème des élèves en capacité de suivre les cours normalement, de comprendre les questions posées dans les différentes matières et d’y répondre correctement au lieu de voir une suite de mots sans signification et des textes ânonnés de bout en bout à la lecture.

La 3ème série d’objectifs se joue au collège et réside dans la prise en compte des compétences (et capacités) de chacun des individus et des choix d’orientation.

Quand je parle de prise en compte des compétences je ne fais pas allusion au livret de compétences dont le but avouer serait de remotiver les élèves en difficultés et en décrochage scolaire. Quelles conneries!! Si on veut évaluer des compétences alors on doit s’en servir convenablement comme d’un outil pour guider l’orientation des élèves. Cette phase devrait s’opérer après la 5ème :

  • pour des raisons fonctionnelles :  6ème et 5ème sont deux années de découverte et d’observation, d’appropriation de nouveaux apprentissages.
  • pour des raisons physiologiques et psychologiques : Les enfants rentrent dans l’adolescence (l’entrée se fait entre 12 et 15 ans globalement) montrant une affirmation de soi et un désir d’indépendance.
  • pour des raisons sociales et culturelles : les parents ont du mal à accepter que leur enfant puisse se retrouver dans le milieu professionnel trop tôt. Dans les établissements ayant mis en place l’enseignement en alternance pour des élèves en difficultés cela porte ses fruits, de même qu’on peut constater une amélioration notable pour les classes qui voient l’élément souvent perturbateur partir en stage et une amélioration pour l’élève qui durant cette semaine s’est enfin senti utile.

Le piège du collège unique a été de réunir dans les établissements et dans les classes des personnes aux identités, histoires personnelles et capacités très différentes alors que le fossé entre eux n’a cessé de grandir ces dernières années. Ce qui avant était perçu comme l’enjeu d’une classe hétérogène est devenu le casse tête d’une classe dans laquelle un gouffre sépare les meilleurs des plus en difficultés.

Comment faire correctement son métier dans ces conditions? Comment aider chacun quand les classes sont surchargées à 30 élèves? Comment gérer l’hétérogénéité quand elle s’apparente à un gouffre?  Quid des cartes scolaires?

Il devient urgent de repenser les cartes scolaires plutôt que de proposer un assouplissement qui conduit à des disparités encore plus importantes et à des troubles dans des collèges qui fonctionnaient jusqu’alors. Il faut assurer la mixité, mais il faut l’assurer mieux et pour cela il faudra bien parler à un moment d’autres statistiques que sociales si on veut assurer une réelle mixité culturelle et éviter la ghettoïsation.

On parle actuellement de repenser les rythmes scolaires et bien alors il faut tout mettre sur la table. Les matières dites « intellectuelles » (sciences, lettres, langues…) devraient être regroupées le matin tandis que la pratique sportive, les matières artistiques et culturelles ainsi que l’accès à des enseignements professionnels ou l’alternance avec des stages pourraient se faire l’après-midi (à partir de la 4ème).

L’individualisation des parcours à partir de la 4ème permettrait d’optimiser les chances de réussite de chacun, la multiplication des stages et des expériences permettraient aux adolescents d’avoir une idée plus juste de leur orientation à la fin de la 3ème en fonction de leurs possibilités et de leur motivation personnelle.

Cette façon de renouveler l’école permettrait de diminuer j’en suis sur l’échec scolaire, de réduire les conflits profs-élèves et de permettre aux élèves à l’aise avec les matières littéraires ou scientifiques de s’épanouir dans leur travail sans avoir à souffrir des remarques ou autres insultes des petits caïds en échec depuis la 6ème.

Pour reprendre l’exemple de mon ascenseur, je me suis assuré :

  1. d’avoir un certain nombre de sécurités pour éviter que les élèves en tombent
  2. de délester l’ascenseur principal allant vers la seconde pour d’autres permettant une orientation plus diversifiée, ils peuvent accéder à de plus nombreux étages.
  3. de permettre par leurs choix de se rendre acteur de leur scolarité plutôt que de la subir
  4. dès le CP de réduire les différences entre les élèves, de permettre l’acquisition d’un vocabulaire commun à tous et de se comprendre et de comprendre plus tard ce qui est demandé.

Je n’attends plus que le jour où on mettra tous cela sur la table.

Par Fremen10

~ par bioprof sur mai 30, 2010.

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