Brevet des collèges et Epreuve d’histoire des arts.

L’origine du Monde, de Gustave Courbet

Chères et chers collègues, chers parents,

C’est en pleine période de conseils de classe que je tenais à aborder ici un sujet diviseur mais important : L »épreuve orale d’histoire des arts comptant pour le brevet des collèges.

A l’instar du B2I et du niveau A2 en langue, le ministère de l’éducation nationale, chapeauté actuellement par un ancien responsable marketing de L’oréal j’ai nommé Monseigneur Monsieur Luc Chatel et avant lui par le spécialiste des produits en croix Xavier Darcos, nous impose de faire passer une épreuve orale aux élèves de 3ème sur l’histoire des arts.

Pour être déclarés admis, tous les candidats doivent obtenir une moyenne générale de 10 sur 20 pour l’ensemble des résultats et avoir validé les deux compétences du socle commun (niveau A2 et B2i). Des mentions sont attribuées à partir des notes 12, 14 et 16. Les élèves déjà boursiers sur critères sociaux qui obtiennent une mention bien ou très bien peuvent bénéficier en plus d’une bourse au mérite.

À partir de la session 2011, l’épreuve orale pour évaluer l’histoire des arts (coefficient 2) et la validation du socle commun sont obligatoires.

Source : http://www.education.gouv.fr/cid2619/diplome-national-du-brevet.html

Edit : L’obtention du brevet validerait le socle commun des compétences au collège (dès que je retrouverais la source je la mettrais en ligne mais j’ai le plus grand mal à la trouver bien que cela m’ait été confirmé en réunion avec des formatrices ainsi que par un collègue m’ayant montré le rectificatif du B.O).

Je ne m’attaquerais pas tout de suite au sujet du socle commun puisque j’expérimente actuellement l’évaluation des compétences et que je n’ai dès lors aucun recul sur ce principe. J’ai toutefois des réserves. Cependant, ma position serait alors purement idéologique si je m’exprimais maintenant et depuis longtemps déjà j’ai pris la décision de me reposer sur les faits et les constats établis en proposant des réponses et des visions qui y sont adaptées. Pas de polémique…. pas de polémique !

Concernant l’épreuve d’histoire des arts il en va tout autrement. Tout d’abord il est tenu à tous les professeurs quelle que soit leur discipline de proposer l’étude d’œuvres d’art durant le cursus scolaire des élèves. Il va de soi que cela soit fait en musique, en arts plastiques, en français et en histoire mais quid des autres matières dans lesquelles  l’art n’est jamais véritablement abordé.

Je pourrais prendre mon exemple, en Sciences de la Vie et de la Terre, non pas que je sois pris d’un narcissisme exubérant mais plutôt d’une interrogation profonde. Quelles œuvres aborder ? Quand ?  Quelles seront les liens invoqués pour rattacher ça au programme ? Ai-je les connaissances nécessaires ? Les âmes chagrines me suivront sur cette pente douce alors que les contestataires de tous horizons me feront remarquer  que c’est mon boulot ! Ils me le diront en ces mots sans se poser la réelle question : Ai-je été formé à l’histoire des arts ? Car il est bien là le problème, suis-je en mesure de présenter correctement une œuvre ? Je pourrais très bien me fourvoyer dans son explication, son interprétation.

Est-ce que les gens du ministère se sont demandés si les professeurs quels qu’ils soient avaient les connaissances appropriées? Dans mon cas je ne connais rien à la peinture. Comment pourrais-je me former de façon convenable pour être prêt en mars lorsque les élèves passeront leur oral ? Cela est évidemment impossible. Il devient dès lors très difficile d’aider des élèves au cours de l’année sur des sujets que je ne serais à même de maitriser, et il sera dès à présent compliquer de les évaluer lors de leur prestation.

Que nenni l’ami, car quoi qu’il arrive il faudra les noter. C’est comme ça, c’est un ordre venu du très haut, du très saint père, ministère de l’éducation nationale. C’est beau d’avoir des ambitions pour les enfants mais encore faudrait-il se demander si la mise en place d’une telle chose est possible. Vous l’imaginez bien tout cela se fait sans moyens supplémentaires. Je les vois les grincheux me montrant du doigt et me jetant l’opprobre. Seulement, ont-ils pensé que cela signifie qu’il n’y a pas d’heures prévues pour les aider, pas d’heures prévues pour les évaluer. Tout cela se résume à du bénévolat à moins que le chef d’établissement prenne la décision de prendre sur les journées réservées aux réunions (journées banalisées) pour faire passer les oraux.

Pour ne pas paraître de mauvaise foi j’en ai bien des sujets à traiter :

  • En 6ème : Les quatre saisons de Vivaldi (Musique classique et Modification de l’environnement au cours des saisons)
  • En 5ème : Je n’ai pas de 5ème je n’ai donc pas réfléchi au problème.
  • En 4ème : Le cri de Munch (les couleurs du ciel sont inspirées des couleurs du ciel après l’éruption du Cracatoa), L’origine du monde de Courbet (j’attends déjà les mots des parents dans les carnets)
  • En 3ème : Bienvenu à GATTACA (programme de génétique), Les peintures pariétales de la grotte de Lascaux (partie sur l’évolution).

Bien évidemment chacun des sujets n’est pas traitable en 1h de temps… rien que pour le film bienvenu à GATTACA il faudrait prendre deux heures de projection, une heure de débat, une heure sur la construction du film. Quatre heures investies dans cette œuvre sont inimaginables s’il est question d’aller jusqu’au bout du programme.

Je ne dis pas que cette épreuve d’histoire des arts est inintéressante, ce que je dis c’est qu’une fois encore des pseudo-pédagogues et des technocrates ineptes ont pondus ce qui leur semblait être une brillante idée sans se demander quels allaient être les moyens de sa mise en place (moyens artistiques, culturels, humains, horaires, logistiques). Comment mettre en œuvre un tel chantier lorsqu’on vous parle de ce sujet en septembre, qu’on se met d’accord en novembre et que l’épreuve est en mars ? Telle est la question.

Il est à noter que tous les professeurs, grand bien leur en fasse, sont concernés. Être concerné c’est une chose mais impliqué…?? Il faut avoir le temps et les connaissances pour s’impliquer voilà le vrai problème. Devant cet insoluble problème il a été décidé collégialement de faire en sorte que ce travail soit le plus possible attribué aux élèves. Cela a nécessité quelques adaptations par rapport à ce qui est demandé à l’origine mais se trouve finalement être plus juste.

Il était d’abord inconcevable de laisser les élèves seuls face à leur échéance et à leur épreuve. Il a donc été décidé avec des collègues et notre principale de pourvoir à nos manques par le plus d’informations possible sur l’évaluation d’une part, sur la préparation à l’épreuve d’autre part et sur les sujets possibles. Tout cela nous a amené à produire une Grille de critères d’évaluation (cliquer pour télécharger) à donner aux élèves d’une part et servant au jury le jour de l’épreuve. Une grille seule n’ayant aucun intérêt je me suis proposé de rédiger une Fiche Conseils à laquelle, à la suite de mes pérégrinations sur le net, j’ai adjoint une Fiche œuvre inspirée de celle trouvé sur ce site.

Me doutant des difficultés de mise en place dans de nombreux établissements et de difficulté pour les parents d’aider leur(s) enfant(s) je me suis dis que mettre à disposition ces outils pouvait être une bonne solution. Ces documents sont sous licence creative commons [Fr] et creative commons [Int]

Il n’est bien sûr pas question de lâcher les élèves avec ces seuls outils. Une heure de mon temps parce que je l’ai souhaité et que j’en ai la possibilité sera utilisée pour leur présenter ces outils et leur expliquer comment trouver le titre de leur sujet et la ou les problématiques qui en découlent. Ils auront toujours la possibilité de venir s’adresser à leurs profs mais le gros du travail leur est clairement attribué, seule possibilité pour nous de gérer véritablement cette épreuve cette année.

Le ministère de la culture sentant peut-être un vent de colère pointer son museau a mis en place un portail intéressant certes mais très fourni et souvent très voir parfois trop complexe pour des élèves de collège.

Sur ce bonne soirée culturelle.

Par Fremen10.

Contrat Creative Commons
Outils histoire des arts by Fremen10 est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Partage des Conditions Initiales à l’Identique 2.0 France.
Basé(e) sur une œuvre à lefremen.wordpress.com.

~ par bioprof sur décembre 4, 2010.

3 Réponses to “Brevet des collèges et Epreuve d’histoire des arts.”

  1. Bonjour,
    Je n’avais pas connaissance du portail du ministère sur l’HDA, merci !
    Toutes vos remarques sont justes… L’ajout de cette épreuve s’est fait de manière complètement idiote. On accumule des matières « pour faire joli » sans rien changer concrètement au niveau des emplois du temps ou des programmes.
    L’HDA a été imposé de manière tout aussi stupide que le B2I en informatique, ou même que le fameux « socle commun », qui est très joli sur le papier, mais complètement déconnecté de la réalité dans les faits.
    Il y a aussi quelques idées de sujet d’histoire des arts ici.

  2. Le lien indiqué ne semble pas fonctionner : http://brevetdescolleges.fr/actu-brevet/histoire-des-arts-au-brevet-des-colleges.php

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