Story of Rock : Comme un air de renouveau 1980 – 1984

Salut à toi ami(e) trentenaire, le chant des enfants du rock s’écoute ici :

Les années 80 débutent encore plus mal que les années 70 n’avaient fini. Le 2 janvier de cette même année, au Royaume-Uni les ouvriers de la Breetish Steel sont en grève alors qu’au cours du mois, aux USA, le dollar rechute entrainant la reprise de l’inflation (à ne pas confondre avec vous savez quoi !). C’est en Grande Bretagne le début des privatisations qui coûtera si cher à la qualité de son rail. Le mois de janvier marque également la reprise de la guerre civile au Tchad alors qu’en France, l’ancien ministre de l’Éducation nationale Joseph Fontanet est assassiné le 1er Février d’une balle dans la poitrine à Paris. Cette même année s’achèvera sur l’incertitude d’un troisième choc pétrolier. Moi je vous le dis en 1980 c’était pas la fête.

Il était donc tout à fait normal que je débute mon article en m’attardant de nouveau sur le chantre des laissés-pour-compte, des gens modestes et autres brisés par la vie moderne. C’est avec Bruce Springsteen et la chanson The River (issu du double album du même nom) que débute cette nouvelle playlist qui pourtant soufflera, d’un point de vue musicale, un vent de diversité allant de la plus grande des légèretés à la lourdeur du désespoir. The River est la chanson emblématique d’une Amérique qui n’a d’autre horizon que le boulot à l’usine, et dont la vie se résume à se marier avec son amie d’enfance après l’avoir mise enceinte (sans le vouloir bien sûr). Cette chanson est destinée aux fourmis qui construisent nos sociétés mais n’en profitent jamais, piètre éducation, piètres conditions de vie et une fin des plus malheureuses le plus souvent.

En Grande-Bretagne je l’ai peut être déjà évoqué, le punk n’est pas mort (punk’s not dead) mais s’est transformé : il a littéralement muté s’enrichissant des boites à rythmes pour certain comme The Cure ou Orchestral Manoeuvre In The Dark. On parlera régulièrement de New Wave pour ce style musical. La nouvelle vague on finit par la retrouver partout et c’est lassant car le propre de l’art si mes observations sont concluantes c’est de n’être qu’une succession de nouveaux courants. Appelons donc celui-ci la Cold Wave (vague froide pour les non anglicistes).

The cure joue un peu dans le registre du poète maudit, sans doute le courant gothique avant l’heure alors que OMD se la joue plus romantique en s’appuyant sur une musique synthétique qui nous rappellera souvent Kraftwerk. L’influence est indéniable et n’est d’ailleurs pas niée. Mais ne nous y trompons pas, la basse tressautante que l’on peut entendre nous rappelle définitivement les origines punk de cette musique. Bien évidemment on peut toujours trouver plus sombre avec Joy Division et l’album « Closer » ou encore avec « Killing Joke » de Killing Joke (album éponyme… le retour). Je dis sombre parce que Ian Curtis alors très angoissé et victime de crises d’épilepsie à répétition, qui entachent régulièrement les concerts du groupe, mettra fin à ses jours le 18 mai 1980. Le 18 mai c’est également le jour de l’éruption du Mont St Helens qui provoquera 57 morts et des milliards de dollars de dégâts. Comme quoi une catastrophe n’arrive jamais seule. A 23 ans, Ian Curtis s’est pendu dans sa cuisine, alors très fatigué et très atteint moralement. « Closer » sortira en juillet et se classera 6ème du Top 20 en Angleterre. Curtis devient alors une icône, l’artiste maudit par définition et le poète d’une génération sacrifiée. A l’heure actuelle on peut toujours se demander quelle nouvelle génération ne l’est pas.

Killing Joke possède un son plus crade, une musique froide, clinique, chirurgicale, répétitive, envoutante et groovy. Ce groove est amené par des rythmes tribaux distillés de façon ingénieuse et ne vous lâchant plus. L’envie de bouger son corps se fait ressentir. Pourtant Killing Joke ce n’est pas de la blague concernant les paroles… plutôt incendiaires même. Clairement, un album qui a marqué son époque et un grand nombre d’artistes… un son nouveau venait de naitre succédant à la furie punk tout en ayant gardé sa hargne.

Revenons aux États-unis, à New-York plus particulièrement et à un groupe des plus originaux… The Cramps.  Sorte de croisement entre séries B et punk sur le retour, le tout avec une touche glam un peu désuète qui ne laissera pas insensible une partie des jeunes artistes à venir. Les Cramps partiront rapidement en tournée et gagneront ainsi une reconnaissance internationale (appuyés par King Congo du groupe Gun Club). Sur la cote ouest le punk rencontre Jello Biafra et les Dead Kennedys. On est plus proche du punk anglais avec une petite touche surf. Enfin ne nous y trompons pas, un titre comme California Über Alles nous place immédiatement dans un contexte contestataire qui poussera le groupe à fonder son propre label. Pour l’anecdote, Jello Biafra se présentera régulièrement au poste de maire de San Francisco.

Bowie est revenu de Berlin et de ses années sombres. Il  nous propose alors l’album « Scary Monsters » enregistré à New York avec le désormais incontournable Robert Fripp mais aussi Alomar et Pete Townshend (ex-who). Ashes To Ashes est la chanson avec laquelle Bowie règle ses comptes avec les années 70. Cette chanson revient entre autre sur le Major Tom et le succès de Space oddity mais également sur ses problèmes de drogue. Le clip de Ashes to Ashes couta à l’époque 250 000 dollars ce qui en fit pour un temps le clip le plus cher de l’histoire du rock.

Les Talking Heads sortent leur quatrième album « Remain in light » et poussent à l’extrême la démarche entamée sur « Fear of Music ». Les morceaux s’allongent, la rythmique oscille entre tribal et funk, les sons électroniques nourrissent les arrangements et l’album se trouve être une véritable co-création entre le groupe et Brian Eno. Il faut écouter cet album un certain nombre de fois avant d’en saisir toutes les subtilités… mais elles sont bien présentes. A coté des poids lourds du moment il est des petits poucets, sortes de troublions oubliés du beat simpliste dont la guitare acérée fait sérieusement penser aux Cramps. Que dire si ce n’est que Curt Cobain leader d’un groupe qui n’avait encore pas vu le jour était un fan absolu. Cela tient peut être au fait que « Colossal Youth » est le seul et unique album du groupe Young Marble Giants. De quoi en faire un album culte.

De leur coté Siouxsie And The Banshees sortent leur troisième album. Ce « Kaleidoscope » au nom bien trouvé est une véritable perle renfermant des titres, mêlant à merveille post-punk et psychédélisme, accompagnés d’un soupçon de chant féminin qui laisserait à penser que notre amie n’est plus vraiment parmi nous.

Revenons du coté du rock’n’roll et laisser moi vous présenter The Pretenders. Chrissie Hynde, chanteuse énervée mais classe, de son état, officie aux cotés de trois gars bien sapés mais non moins énervés (eux aussi). Les Pretenders sont ce qu’il pouvait arriver de mieux au rock durant les années 80. Ils auront su imprimer à jamais les lettres de noblesses de ce style pendant que les gars d’AC/DC revenaient de noir vêtus après le décès de leur frontman, Bon Scott, mort étouffé dans son vomie un soir de cuite comme les autres. Ouais je sais, la vie est parfois misérable, mais la mort peut l’être tout autant. Toujours est il que l’album posthume « Back In Black » est une vraie perle noire du Hard Rock. Ni plus, ni moins.

Tiens j’étais en train de parler de jeunes gens énervés mais j’allais oublié qu’aux USA il y avait bien plus énervé en ce début des années 80, il y avait l’affirmation d’un courant musical qui ne tarderait pas à faire parler de lui, j’ai nommé le hardcore (noyau dur). La mélodie n’est pas le point d’orgue du style qui s’appuie plutôt sur l’énergie, la provocation, les hurlements et les décibels. En gros de la musique de dingue dont l’origine est à chercher du coté du punk anglais et qui s’alimente de tous les mouvements anti- quelque chose (anti-racisme, anti-sexisme,…) et d’un ultra conservatisme assumé qui me fait penser à l’éternel combat entre Trve et False dans le Metal de nos jours. Si tu suis pas les codes… t’es pas des nôtres. C’est pourtant en repoussant les frontières du style que Black Flag mené par Henri Rollins monté un jour sur scène pour ne plus en descendre et les Bad Brains réussiront à populariser le genre et à générer une fan base assez conséquente, principalement chez les skaters, mais également chez les jeunes des quartiers pauvres comme Brooklyn. Un genre sans concession à l’opposé de celui proposé par des groupes comme Journey, Foreigner ou Toto, considérés par les fans de hardcore comme des vendus au marché du disque. La vérité n’est pas loin du sentiment profond de ces jeunes écervelés du moment. Cela n’a pas empêché ces trois groupes de sortir des perles de Hard FM aussi appelé AOR pour Adult Oriented Rock (putain de marché du disque !). « Escape » sera et restera la meilleure vente d’album de la carrière de Journey, une carrière commencée en 1973 sous des jours plus progressifs. Don’t Stop Believin’ sera classé n°9 du classement des ventes de 1981. De leur coté les gars de Foreigner sortent l’album « 4 » produit par Robert John Lange qui vient de s’occuper du Back In Black (en gros une référence). Cet album fait également un carton arrivant même jusqu’à la France, c’est dire ! Quant à Toto est-il encore besoin de les présenter. Eux qui seront appelés par Michael Jackson pour l’aider à composer son album « Thriller » à l’instar de Van Halen jouant le solo de guitare héroïque, tout en tapping, de Beat it ou encore de Paul Mc Cartney l’accompagnant sur The girl is mine. « Thriller » est l’album de toute une génération de trentenaires élevés au son de Michael Jackson. L’album verra sept des neuf titres figurés dans le top 100 des singles. Cet album se doit d’être dans la discothèque de tous les amoureux de musique car il est la synthèse exact de tous les genres qui habitaient les USA en ces débuts des eighties.

Pendant que certains s’installent dans la routine d’autres se donnent du mal pour remettre aux goûts du jour le Blues comme Steevie Ray Vaughan ou pour nous pondre un album expérimental complètement barré reposant sur des rythmes improbables et des mélodies déstructurées adjointes d’une voix d’ivrogne patenté. Essayer « Swordfishtrombones » de Tom Waits c’est l’adopter.

Il ne faudrait tout de même pas passer sous silence l’album « Sweet Dreams (are made of this) » des Eurythmics composé de Annie Lennox et de Dave Stewart (producteur barbu connu et reconnu), qui permettent à la Cold Wave de perdurer pendant que le Metal est en train de péricliter sous les traits d’un Glam vicieux aux idoles peinturlurées et affublées de fringues grotesques (je ne parle même pas des brushing faisant passer ma mère pour une suppôt de Satan). En parlant de Satan n’oubliez pas d’aller jeter un coup d’oreille sur l’album « The Number Of The Beast » de Iron Maiden après avoir écouté « Piece of Mind ». Il est bon de rappeler qu’avant d’établir son style si particulier Iron Maiden a commencé par faire une sorte de Punk teinté de Heavy Metal, avec à sa tête Paul Di Anno, avant d’en arriver à son style Heavy/Prog et d’adopter à sa tête Bruce Dickinson.

On ne remerciera jamais assez Rob Halford du groupe Judas Priest pour avoir lancé la mode du cuir clouté. Style redoutable dans le milieu gay de l’époque dont Rob Halford fait alors partie. Il est assez drôle de penser que ce style a été repris pour son coté viril…

Heureusement, du coté de la Bay Area (San Francisco) quatre petits gars assez rageurs influencés par la New Wave of British Heavy Metal (NWOBHM) dont Iron Maiden et Def Leppard sont les fer de lance se décident à envoyer chier le système. Egalement influencés par le Punk et le Hardcore ainsi que par Motörhead et Lemmy (dieu vivant venu sur terre pour envoyer du gros son dans nos cages à miel), ils vont nous pondre l’album « Kill ‘Em All » (Tuez les tous), peut être adressé aux représentants du Glam qui sait ! Cet album sera véritablement fondateur du Thrash Metal. Dave Mustain qui s’est fait virer du groupe pour incompatibilité d’humeur et consommation non restreinte de drogues ira fonder un autre groupe fondateur du genre. J’ai nommé ; Megadeth !

C’est pas parce que tout semble pourri que c’est le cas. Quelques groupes indépendants se font remarquer sur les ondes :

  • Les Violent Femmes avec un punk dépouillé de toute beauté.
  • REM et l’album « Murmur » qui sent bon la liberté.
  • Le groupe engagé irlandais U2 et son titre Sunday Bloody Sunday
  • The Replacements qui évoluent entre punk et rock.

Aux USA un jeune prodige se fait remarquer, ce jeune prodige jouant aussi bien funk que rock psychédélique c’est Prince. C’est alors qu’il n’a pas vingt ans qu’il apprend à jouer d’une dizaine d’instruments et les rudiments des techniques d’enregistrement qui lui permettront tout au long de sa carrière d’avoir la main mise sur son évolution artistique. Il adopte rapidement une image sexuelle et délibérément provocatrice qu’il garde encore aujourd’hui même s’il a cessé de se présenter en bas résilles. Parfois cette trajectoire me fait penser à celle de Bowie être androgyne qui reprendra un aspect masculin emprunt d’une sensualité et d’une sexualité à rendre humide les culottes des groupies.  Mais ce dernier a finalement beaucoup plus de classe que Prince et sans doute moins d’arrogance (point de vu totalement personnel et rigoureusement assumé : Fuck off !)

En tout bon métalleux que je suis il aurait été misérable de passer sous silence « Don’t Break The Oath » de Mercyful Fate et de son leader King Diamond. Un album de Heavy Metal assez sombre avec une voix criarde soupçonnée de provenir d’outre-tombe. Cet album est souvent montré comme inspirateur du Black Metal. Pour ma part j’aurais tendance à penser que l’imagerie véhiculée par cet album y a effectivement contribué plus comme une sorte de contexte favorable à l’émergence de ce genre, dont nous reparlerons un peu plus tard, que d’une manière directe.

Sur ce, bonnes vacances de Noël, bon réveillon et bons plaisirs musicaux !

Par Fremen10

~ par bioprof sur décembre 19, 2010.

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