Du sabordage de l’école publique

Chers amies et amis, collègues, parents d’élèves, citoyennes, citoyens… à la marge ministres et ministres les plus bas sur terre,

L’heure est grave, tellement grave que je vais, malgré le fait de m’être promis d’attendre un peu, taper une nouvelle fois sur mon ministre de tutelle, représentant en maquillage de coupes budgétaires et officier de marketing, réalisateur en publicité mensongère, j’ai nommé monseigneur monsieur Luc Chatel. Comme je ne suis pas un mauvais bougre, malgré mon coté ours des cavernes, je me suis dit qu’il n’y avait pas de raison que je ne tape pas non plus sur son patron qui aurait une méchante tendance, à l’instar du sus-cité, à se foutre ouvertement de la gueule du monde.

Ayant le sentiment, un peu égocentrique je vous l’accorde, de  ne pas être un autre mouton au milieu de la populace anémiée et encore figée par la crise économique et le coup de force du gouvernement de nous en faire payer les conséquences en rallongeant l’âge de départ à la retraite (sujet sur lequel on pourrait sans doute débattre d’un système individualisé sous algorithme dont il ne resterait plus qu’à déterminer les variables) je me permets d’ouvrir ma gueule concernant l’œuvre  globale du gouvernement concernant l’éducation nationale.  En guise d’œuvre, c’est un sabordage organisé de l’école publique qui est en marche, une école publique détricotée dans laquelle le rêve de nos gouvernants actuels est de faire rentrer les sociétés privées (je ne parlerais pas maintenant de la prédominance de Microsoft à l’école mais ça me démange).

Je vais arrêter là la diatribe pour débuter mon argumentation, mais je ne promets pas de pouvoir m’empêcher d’avoir des relents de colère.

Commençons donc par le début. Le principal sujet de désorganisation de l’école aujourd’hui c’est la suppression des postes d’enseignants, principalement à l’école primaire et au collège, ménageant encore pour un temps les postes de profs au lycée histoire de faire passer au mieux la réforme des programmes (ménager ne veut pas dire absence de suppression mais plutôt limitation). Depuis 2007 ce sont déjà 50 000 postes d’enseignants qui ont été supprimés. Notre ministre de tutelle, qu’il aurait sans doute fallu mettre lui-même sous tutelle et non sous la gouverne de son petit chef direct dont je tairais le nom encore pour un moment, vous dirais avec cette langue de bois qui caractérise les sophistes modernes qu’il s’agit là de postes non remplacés. Quand je vous disais qu’ils avaient une fâcheuse tendance à se foutre de la gueule du monde.

Le corolaire de tout cela, c’est évidemment des problèmes importants pour assurer les remplacements des profs (exemple de problème de non remplacement). Pour avoir circulé dans quelques établissements je peux témoigner de la difficulté grandissante d’obtenir des remplaçants même lorsque les absences sont anticipées (congés maternités ou obligations syndicales). Des classes se retrouvent sans professeur de français, de sciences-physiques ou d’histoire-géographie pendant un mois voir plus et si jamais les parents ne se manifestent pas … , rien n’est fait. Ce n’est qu’à partir du moment où les parents d’élèves se regroupent et se déplacent à l’inspection académique, tel un troupeau de gnous à l’assaut de la savane, que les choses se débloquent. L’explication de cette pénurie d’enseignants est pourtant simple à expliquer :

  1. Les enseignants qui étaient titulaires d’une zone de remplacement (TZR) ont depuis 2007  acquis progressivement des postes fixes d’une part  et ont été placés en exercice dès le début de l’année d’autre part. Les pool de remplacement (et non des poules bien que les profs caquètent autant) sont donc quasiment vides désormais (cela dépend toutefois des matières, et des zones (sensibles ou non)).
  2. Le nombre de postes aux concours du CAPES et autres n’ont cessé de diminuer depuis 2003-2004. Pour exemple en SVT, j’ai passé mon concours en 2004 et à l’époque il y avait 594 postes pour environ 1200 candidats à l’oral (http://www.dijon.iufm.fr/IMG/pdf/CAPES_SVT_09.pdf) alors qu’en 2010 le nombre total d’inscrits était de 2537 (dès l’écrit) et le nombre de postes de 290. Cette année il n’y a que 1893 inscrits et 260 postes (http://pedagogie.ac-toulouse.fr/svt/serveur/capes/documents/2011/CAPES_SVT.pdf et http://www.education.gouv.fr/cid4589/postes-offerts-capes-externe.html)
  3. Le budget 2011 prévoit encore 16.000 suppressions (sur un peu plus de 850.000 enseignants) concentrées dans les écoles et les collèges. Selon le ministère, 8 967 postes d’enseignants seront supprimés dans les écoles primaires publiques. Parmi ces 8967 postes, 5 600 seraient actuellement en « surnombre », affectés sur des missions particulières. Mais de quelles missions parlent-ils ? Celles de formation qui perdent forcément leur sens avec la réforme en cours? Des missions de détachement dans les SEGPA qui disparaissent comme neige au soleil ? J’aimerais bien savoir ! A cela ajoutez la suppression de 4 800 postes dans les collèges et lycées publics et quelque 1 400 dans l’enseignement privé. Or à la rentrée, selon les services statistiques du ministère, les effectifs d’élèves vont augmenter, en particulier en collèges (35 300 élèves supplémentaires attendus), en lycées professionnels (+14 000 élèves attendus) mais aussi dans les écoles (+1 500). Et je ne parle même pas de cette « merveilleuse nouvelle » de la natalité française qui nous assure au moins un maintien du nombre des élèves dans les quelques années à venir (6 pour l’école primaire, 11 pour le collège et 15 pour le lycée).
    Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/01/22/les-syndicats-dans-la-rue-pour-protester-contre-les-suppressions-de-postes-dans-l-education_1469038_3224.html

Il me semble qu’il est préférable d’utiliser le terme de suppression de postes. Ce n’est pas seulement pour une histoire de pure contradiction mais plutôt parce qu’à force de ne pas les remplacer et d’annoncer des chiffres de réduction des effectifs on est bien dans une logique de supprimer des postes… voir des postes encore existants mais j’y reviendrais d’ici la fin de mon article.

Outre ces problèmes de « non-remplacement » donc il s’en suit des problèmes logistiques encore bien moins compliqués à comprendre.

  1. Le nombre d’élèves par classe ne cesse d’augmenter ce qui inévitablement entraine des conditions d’enseignement plus difficiles. Élévation du nombre d’élèves vivement encouragée et programmée par le ministère (http://www.liberation.fr/societe/0101638703-le-ministre-de-l-education-explique-aux-recteurs-comment-supprimer-des-postes)
  2. Cette augmentation est beaucoup plus disproportionnée qu’elle ne pourrait l’être car il faut y rajouter la possibilité de demande de dérogation vis-à-vis de la carte scolaire. Il y a donc certains établissements qui se vident souffrant d’une mauvaise réputation quand d’autres se remplissent à la limite de leur capacité d’accueil (que ce soit dans les salles ou tout simplement dans les locaux pour une circulation sans danger des élèves dans les couloirs et les escaliers).

Vous vous doutez bien que ces conséquences entrainent des protestations des professeurs ce qui fut mon cas lorsque professeur principal de 6ème je me suis retrouvé avec un 31ème élève. Non seulement c’est compliqué à gérer à ce niveau mais en plus les classes de sciences ne sont pas faites pour accueillir 31 mais 30 élèves au maximum. Que font les professeurs ? Ils se plaignent à leur chef d’établissement évidemment ! Que fait le chef d’établissement ? Il appelle le rectorat figurez-vous, et s’adresse à l’IA (inspecteur d’académie). L’IA ne souffre d’aucune difficulté pour s’étendre en mensonges, promettant des heures l’année suivante ou encore la limitation des dérogations… PIPEAU!!!!

Comme je suis membre du conseil d’administration je ne me languis jamais de voir ces chiffres concernant les moyens et les effectifs. En bon scientifique que je suis il m’est facile de tracer deux courbes sur un graphique. La première représentant l’évolution des effectifs d’élèves au collège ne cessant de croître et la seconde représentant les moyens allouer ne cessant de décroître. En C.A ça fait toujours son effet sur les représentants des parents d’élèves quel que soit leur penchant politique.

Bien évidemment face à toutes ces protestation il fallait trouver une parade :

  1. Motiver les recteurs à assurer cette politique (http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/12/20/des-primes-variables-pour-les-recteurs-d-academie_1456066_3224.html)
  2. Forcer les principaux et les proviseurs à appliquer au mieux les directives sans grogner, en manageant au mieux les profs et en faisant tampon avec les parents (http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/01/25/education-une-prime-de-resultat-pour-les-chefs-d-etablissement_1470092_3224.html)

Vous comprenez bien que le but est d’appliquer coûte que coûte (et je pèse mes mots) des réductions de coûts très important dans l’éducation nationale au détriment du service public rendu. D’ailleurs je crois que c’est foncièrement le but recherché ; dégrader progressivement le service public de l’éducation pour éviter une véritable levée de bouclier et imprégner petit à petit dans l’esprit des gens qu’elle doit s’adjoindre d’un service privé…

Bien que nous soyons gouvernés par des ignorants patentés au sens le plus noble du terme je ne doute pas qu’ils soient habités d’une certaine intelligence pragmatique. En effet, le pragmatisme dans la connerie ça existe et quand on est con on est con disait la chanson. Il se trouve qu’une merveilleuse rencontre s’est opérée entre la fin des IUFM et le manque de professeurs pour remplacer les collègues en arrêt sur de longues périodes.

Je n’irais pas ici défendre la formation promulguée par les IUFM que j’ai toujours considérée comme déconnectée de la réalité du terrain mais je lui concède un point positif, celui de prendre le temps de prendre du recul sur son enseignement. Dans un élan de générosité je lui accorde un second point positif non négligeable à l’heure actuelle, celui de ne pas mourir à la tâche en passant des heures à préparer ses cours et corriger ses copies lors de sa première année devant des élèves, alors balancer comme un vulgaire sac à merde (en se disant tout de même que la merde dans le cas présent c’est de la connaissance).

Enfin toujours est il, que nos jeunes collègues stagiaires, plus vraiment stagiaires je vous l’accorde, se tape 18H au lieu des 6H dont j’ai pu bénéficier ma première année. Cela correspond évidemment à un temps plein et permet le cas échéant de boucher les trous qu’ont peu à peu mis en place les « non-remplacements » de postes.

Cependant, les « non-remplacements » étant poursuivis, dans une course effrénée à la redistribution de l’argent gagné dans les primes de nos supérieurs afin de faire taire toute la chaîne, les problèmes de DHG continuent de se poser et avec eux le nombre de classes ouvertes et donc les postes des profs dans l’établissement. Depuis 3 ans déjà j’opère mon service sur deux établissements dont l’un change chaque année, seul moyen de réaliser mon service complet et même un peu plus d’ailleurs. Il s’agit là d’une des deux possibilités pour conserver un enseignant. L’autre manière est plus brutale. On on supprime le poste et on embauche un vacataire qu’on pourra virer une fois le service rendu. Il est à noter que la mise en place des heures supplémentaires ainsi que les heures d’accompagnement éducatif ont complètement gangrénées  le système car dans certains établissements les heures allouées en heures supplémentaires auraient parfois (pour ne pas dire souvent) permis l’ouverture d’un poste. L’argent distribué aux trois niveaux de la chaine (Recteurs, Chefs d’établissement, profs) ne l’est pas sans raisons politiques.

Il faut savoir que depuis le 20 janvier les chefs d’établissement sont au fait de leur DHG et se demandent déjà comment ils vont faire. Des réunions sont déjà prévues dans les établissements pour discuter de la répartition des heures.
(http://www.educpros.fr/detail-article/h/aca771c501/a/suppressions-de-postes-dans-leducation-nationale-les-chefs-detablissement-dans-lexpecta.html)

C’est alors que surgit Zorro sur son fidèle destrier… (non c’est trop, en plus il était du coté des gentils)

C’est alors que surgit le chevalier blanc qui court et qui vole au secours des gens… (non lui il ne vient au secours de personne)

C’est alors que surgit oui-oui dans sa voiture jaune et rouge pour nous proposer son fantastique plan sciences consistant sous un maquillage grossier et vulgaire digne d’une pute de premier rang (et encore « y’en a des biens ») à transformer un prof de Sciences physiques, de SVT ou de techno en prof de sciences et technologie. Si ça ce n’est pas se foutre de la gueule du monde… Un peu plus et je penserais que mon ministre de tutelle a une idée concernant l’endroit où il veut me mettre son tuteur. Voilà comment produire miraculeusement des postes  sans se soucier un instant de savoir le travail qu’il a fallu fournir pour réussir son concours, sans savoir qu’elle est la difficulté de produire une pédagogie adaptée à sa matière.

http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/01/29/luc-chatel-va-presenter-son-plan-sciences_1472312_3224.html

Ceci dit j’avais bien compris que mon ministre se souciait peu de savoir si je formais des citoyens instruits ou des individus à l’inappétence cognitive.

Et là dessus v’là ti pas que notre cher président, roi de tous les français en rajoute une couche en remettant sur le tapis la formation des profs à la pédagogie alors qu’il vient de tout déchirer. Il va nous ressortir le même discours que lOCDE, sorte de boite de brainstorming ou se retrouvent tous les intéressés patentés du système libéral eux-mêmes instigateurs du test PISA, qui écrit dans ses petits papiers que « ce n’est pas le nombre d’élèves par classe qui influence la réussite mais le salaire de l’enseignant » (vous m’excuserez si je ne reproduis pas la phrase exactement mais je la restitue de tête). Vous la voyez la logique mercantile qui se cache derrière tout cela ? Je rappelle d’ailleurs que bien que l’OCDE soit engagée dans l’amélioration  des systèmes éducatifs et qu’elle préconise d’élever le niveau des élèves c’est également elle qui indique que l’investissement dans l’éducation est d’un rendement de 7 pour 1 (comprenez que pour un dollar investi par une entreprise 7 dollars pourraient être gagnés) et c’est encore à l’OCDE qu’on doit cette évaluation par compétences tirée directement du monde du travail.

http://www.lepoint.fr/fil-info-reuters/sarkozy-veut-rouvrir-le-chantier-de-la-formation-des-enseignants-19-01-2011-130336_240.php

Je n’ai donc aucun mal à dire que malgré le fait que je me plie à l’exigence de mes dirigeants puisque je suis un employé de la fonction publique je n’en pense pas moins concernant leurs agissements. Je ne pense pas qu’il soit nécessaire que j’en rajoute une couche avec l’anglais à l’école à 3 ans ou l’épreuve d’histoire des arts mise en place cette année au collège dans le cadre de l’obtention du brevet.

Maintenant que j’ai pu déverser la bile accumulée depuis trop longtemps je vais pouvoir laisser parler mon enthousiasme en supportant comme il se doit l’équipe de France de handball… qui elle a le mérite de porter d’autres valeurs que celle de l’argent !

Bon match et bonne fin de week-end.

A bon entendeur salut !

Par Fremen10

~ par bioprof sur janvier 30, 2011.

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