Expérience pédagogique et étrange paradoxe.

Ami(e)s pédagogues, titilleurs de neurones et amoureux de la transmission du savoir,je vous salue bien bas en ce samedi, jour ensoleillé s’il en est.

Je n’ai pas l’habitude de relater ici mes séances de cours et encore moins leur déroulement mais j’ai trouvé que l’expérience à laquelle je me suis prêté avec mes classes de 3ème méritait bien un article ici.  Comme cela pourrait paraître un peu obscure à ceux qui ne pratiquent pas la démarche scientifique, comme à toute autre personne non initiée à la didactique scientifique, je vais essayer de pratiquer avec pédagogie.

Introduction :

Il est important de présenter le cadre dans lequel s’inscrit cette fantastique histoire. Je suis actuellement en train d’enseigner à mes chères têtes bigarrées L’HISTOIRE de la TERRE et de la VIE, comprenant entre autre la présentation de l’évolution de la vie. Je n’avais pas encore abordé les mécanismes de l’évolution à proprement parlé, cette séance devant introduire les mécanismes mis en œuvre.

J’aurais pu me contenter de reproduire à l’identique les cours que j’ai produit il y a deux ans maintenant, au moment des nouveaux programmes, mais quelque chose m’a pousser à en faire tout autrement. En fait ce sont deux évènements totalement différents et dans chacun des deux collèges où j’officie qui m’y ont conduit.

  1. Je me suis fâché après des élèves d’une classe de 3ème qui avançaient à deux à l’heure sur un exercice qui consistait à lire un texte et à prendre des informations pour faire une fiche d’informations sur deux espèces données (Homo habilis et Homo erectus). Je leur aie dit que même mes 6ème, qui bien que très chiants sont assez bons, arriveraient à faire sans problème cet exercice… ce qui est vrai. Une élève vexée m’a interpelé en me disant « Arrêtez de nous rabaisser ». J’ai répondu qu’il n’était absolument pas question de cela. Les documents étaient très simples, la tâche aussi et s’ils n’avançaient pas, c’est bien qu’ils ne voulaient pas. Et je tenais absolument à lui prouver qu’il n’y avait aucune insulte quant au fait de pouvoir traiter toutes sortes de documents quel que soit l’age !
  2. Une élève de 3ème dans mon autre établissement m’a dit comme ça alors qu’on travaillait sur le même exercice qu’elle ne croyait pas à l’évolution comme je lui enseignais là ! Ça m’a piqué au vif, car moi et la religion nous aurions plutôt tendance à faire chambre à part. J’ai essayé de lui expliquer calmement qu’il n’y avait pas à croire ou ne pas croire, mais à savoir, car il s’agissait là de faits. Des faits corroborés par la découverte de nombreux ossements et de fossiles. Mais rien n’y fit à mon grand désarroi. Ô rage, Ô désespoir !

N’ayant pas l’habitude de me résigner aussi facilement j’ai pris mon mardi soir de 18h à 23h30 et une partie du mercredi de 10h à 16H30 pour produire un enchainement de 2 à 3 séances (ne sachant pas à  l’avance le temps que ça prendrait) conduisant à un enchaînement béton.  Il fallait qu’il ne puisse y avoir aucune contestation possible et que les documents soient des documents si possible d’un haut niveau. J’ai tout de suite pensé à un cours de terminale S (http://svtlgb.fr/TERMINALE%20S/OBLIGATOIRE/CHAPITRE%202/chapitre2encours.htm) que j’ai alors adapté pour le cours de 3ème. Il fallait épuré, simplifié le vocabulaire et traduire le cours en activités. A 23h30 j’ai soumis mon premier jet de cours et d’activité par le net à un collègue de physique qui m’a fait comprendre que cela restait tout de même très compliqué et qu’il valait mieux partir de quelque chose que les mômes connaissaient déjà. J’ai été me coucher, mon cerveau à travaillé et le lendemain matin au réveil je tenais ma solution, celle que je vais vous présenter ici. Sachez seulement qu’il m’a fallu opérer un retournement total de la façon dont j’avais commencé par aborder les choses.

Cours et activités :

Chapitre III : Histoire de la Terre et les mécanismes de l’évolution.

I/ Variations et mutations

A/ Si différents et pourtant si proches.

Un chimpanzé et un jeune enfant (Photo tirée du livre de SVT de 3ème édition Belin)

Comparaison des caryotypes d’un Homme et d’un Chimpanzé tiré de Sciences de la Terre et de l’Univers (édition Vuibert)

Ces deux documents sont ce qu’on appelle des documents d’appel qui permettent de susciter l’interrogation des élèves et leur questionnement. Mais avant de se poser des questions il faut avant tout faire des observations comme le faisait au début du XVIème siècle Léonard de Vinci concernant la géologie et la paléontologie. Ici les observations sont simples et les élèves les donnent très rapidement à l’oral.

  • Les chromosomes de l’Homme et du Chimpanzé sont pour la plupart identiques.
  • Les chromosomes qui sont différents le sont soit par ajout d’une autre partie, soit par inversion, soit par le retrait d’une autre partie (ce sont les mutations)
  • Bien qu’ayant des caryotypes très proches (99% de nos génomes sont communs) nous sommes très différents physiquement.

Cela nous amène à formuler un problème : Comment l’Homme et le Chimpanzé peuvent ils être si différents en ayant si peu de différences au niveau génétique ?

Activité 1 : Comparer les squelettes et les crânes de l’Homme et du Chimpanzé.

Les élèves ont alors le tableau suivant à compléter :

Caractères Homme Chimpanzé
Allure du squelette Verticale Courbé
Volume cérébral 1300 à 1500 cm3 320 à 450 cm3
Position du trou occipital Sous le crâne A l’arrière du crâne
Fémur Fait un angle avec le genou (70° avec l’horizontale)
Dans l’axe du genou (90° avec l’horizontale)
Forme du crâne au stade fœtus Arrondi Arrondi
Forme du crâne au stade adulte Très peu déformé Déformé vers l’avant

Dans l’établissement où les élèves ont les plus faibles résultats il me faut pendant quinze minutes montre en main m’échiner à les relancer, à venir voir chacun pour éviter qu’ils ne se relâchent où qu’ils regardent ailleurs où encore pour éclaircir quelques points de vocabulaire. Une fois ces quinze minutes (renouvelées dans les deux classes à la suite et pompant énormément d’énergie) passées les élèves sont dedans, le tableau se remplit et les premières remarques commencent à fuser. La sauce à prise les élèves sont dedans et veulent comprendre.

Paroles d’élève : C’est dingue qu’on puisse avoir un crâne si proche de celui du singe au stade de fœtus alors qu’on est trop différents après !

Dans l’autre établissement, je relance les élèves mais il commence à y avoir des bavardages pour les uns et le tableau ne se remplit pas aussi vite.  Toutefois, certains élèves arrivent finalement au même constat.

Dans les deux cas on fait une rapide correction qui prend finalement plus de temps avec de meilleurs élèves mais moins intéressés, dans le second établissement. Sur le coup je suis étonné mais sans plus. Correction finie on embraye sur la suite.

Si les modifications physiques apparaissent après la naissance, quand faut il regarder pour savoir ce qui se passe ? Élève : Ben il faut regarder quand on grandit. Autre élève : Ouais à l’adolescence par exemple.

Je recadre : Il faut regarder le développement en fait ?! Élève :  Ouais c’est ça le développement !

Ni une ni deux, je distribue le polycopié de la seconde partie de l’activité.

Activité 1 (suite) : Comparaison du développement chez l’Homme et le Chimpanzé et explication des origines des différences.

Représentation des phases du développement et de leur durée chez le Chimpanzé et l'HommeReprésentation des phases du développement et de leur durée chez le Chimpanzé et l’Homme

2 ) Quelles informations t’apportent ce document (doc2) sur les temps de développement de l’Homme et du Chimpanzé ?

On constate des modifications dans la durée et la vitesse du développement des individus. Il est plus lent chez l’homme.

3 ) Que va impliqué le blocage du trou occipital chez l’homme alors que celui-ci migre vers l’arrière du crâne chez le chimpanzé.

Le « blocage » du trou occipital en position presque centrale chez l’Homme, lié à une vitesse faible du développement du crâne (peu de différence entre l’état de fœtus et l’état adulte contrairement à ce qui se passe chez le Chimpanzé) rend possible la bipédie (critère fondamental de l’hominisation).

4) Quelle est la durée de la croissance cérébrale chez l’Homme et le Chimpanzé ? Elle s’arrête au bout de 6 ou 7 ans chez l’Homme. Elle s’arrête au bout de 3 ans chez le chimpanzé.

5) Que va permettre l’allongement de la durée du développement cérébral ? L’allongement de la durée du développement cérébral permet un développement plus important du cerveau et certainement de l’intelligence..

6) Rédiger une conclusion qui réponde au problème posé en utilisant les termes suivants :
développement   embryonnaire,   Homme/Chimpanzé,   rythme,   rapide/lent,   durée,   longue/courte,
caractères anatomiques, caractères morphologiques (forme), différences génétiques.

Télécharger l’activité. : Activité 1 – Les différences Homme Chimpanzé

Avec les deux classes faibles nous somme arrivés jusqu’à la question 6. Mon but était atteint car je voulais qu’ils planchent sur la conclusion et qu’ils s’interrogent sur ce que cela pouvait bien vouloir dire. Une de mes élèves m’a demandé avant de partir si cela ne pouvait pas avoir un lien avec des chromosomes impliqués dans le développement. J’ai juste ajouté « plus précis ». Elle m’a répondu avec des gènes du développement ? Avec ce ton légèrement interrogatif. J’ai répondu : » JE CROIS QUE TU AS TOUT COMPRIS! »

Dans l’autre classe le travail a été bien moins mené, il a fallu que je pousse au cul sans cesse pour les faire avancer. la correction a été laborieuse. Les élèves n’y étaient franchement pas sur la fin à l’exception de 2 ou 3 et j’ai été à la fois fort surpris et fort déçu.

Conclusion : Globalement le développement embryonnaire de l’Homme s’effectue à un rythme moins rapide et sur une durée plus longue que celui du Chimpanzé. Cet allongement de la durée de développement se retrouve jusque très tard et permet de comprendre les différences visibles importantes malgré des différences génétiques minimes.

Analyse rapide :

Ce qui est clair c’est que les élèves de mon second établissement ne sont pas moins bêtes que ceux du premier. Leur volonté de bien faire en classe en partie pour me faire plaisir leur permet de bien avancer sur leur travail, à condition que je ne leur laisse aucun répit et que j’use abondamment de mes fulgurances vocales à défriser un mouton. Le vrai problème c’est que la plupart d’entre eux n’ouvriront pas leur cahier une fois rentré, et je ne suis pas sûr qu’ils se souviendront du travail fait en classe. C’est avant tout l’absence totale de travail à la maison qui explique leurs si mauvais résultats.

Dans l’autre établissement. Le comportement est tout autre. J’ai beau hurler et grogner tel un ours il reste un je ne sais quoi de dilettantisme qui ne permet pas d’aller véritablement au bout des choses. Cependant, une bonne moitié de la classe, voire un peu plus, apprendra convenablement sa leçon ce qui  permettra à ces élèves d’obtenir des résultats tout à fait corrects.

En ce qui concerne les documents, dans aucun cas il n’y a eu de difficultés particulières si ce n’est sur du vocabulaire spécifique tel que « trou occipital » ou le nom des différentes phases du développement que j’ai moi-même explicité à toute la classe prenant à chaque fois une minute pour m’adresser à l’ensemble d’entre eux. Cela prouve qu’il n’y a pas de différence de compréhension si différentes entre ces deux populations d’élèves. D’autres part peu importe à quel niveau sont traités ces documents si ce sont les bonnes questions qui sont posées. Les différents élèves sont capable d’observer les mêmes choses et d’en tirer à peu près tous les mêmes conclusions. Cela se joue bien plus au niveau du travail personnel et des habitudes de travail ainsi qu’au niveau du vocabulaire qu’ils possèdent, d’une part pour comprendre ce qui leur est demandé et d’autre part pour y répondre. Et ce n’est pas la réunion avec les institutrices de mon secteur qui m’a rassuré lorsque l’une d’entre elle a expliqué avoir 5 groupes de travail dans sa classe de CM2 avec 7 élèves en très grandes difficultés sur 24 et que l’autre nous a expliqué ne pas pouvoir commencer son programme avec les décimales en mathématiques  et que certains de ses élèves approchaient les 300 mots de vocabulaires.

Cela m’interroge au plus haut point

En attendant je suis parti pour poursuivre l’enchainement de séances prévues pour arriver à expliquer clairement les mécanismes de l’évolution.

Par Fremen10

~ par bioprof sur mars 5, 2011.

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