Story of Rock : Le chantre de la diversité musicale 1985 – 1989

Le mur de Berlin

Lectrice, lecteur, auditrice, auditeur, rockeuse, rocker

Tu ne t’en souviens peut être plus mais en 1985 il y avait d’un coté les gentils américains et de l’autre les méchants soviétiques. Les premiers ne se mêlaient des affaires de personnes et n’étaient voués qu’à leur économie florissante quand les seconds représentaient le mal rouge, le cancer communiste cynique et perfide (C.C.C.P).

Vous le savez aussi bien que moi dans la tête d’un enfant tout est blanc ou noir… sauf au milieu où c’est gris ! Bon ben nous on était dans le gris. Une sorte de région brumeuse entre le mur de Berlin et l’Océan Atlantique. Une région encerclée par la péninsule Ibérique d’un coté, la perfide Albion de l’autre et deux gros blocs de pierres, les unes blanches, les autres noires.

Les pays de la péninsule ibérique adhèreront au 1er janvier 1986 à la CEE, 5 ans après la Grèce et dans les deux cas on voit où ils en sont.

La perfide Albion, vous le savez désormais, n’a cessé de produire des groupes de rock pour notre plus grand plaisir pendant que les deux grands blocs s’affrontaient par missiles interposés, jamais envoyés. Au milieu, une zone grise dans laquelle, durant cette période, quelques groupes intéressants verrons le jour principalement en France et en Allemagne. En même temps cette zone grise elle devait permettre le développement économique aux adhérents (T’as ta carte toi ?).

C’est sûr c’est loin d’être source de fantasmes mais en même temps on sait où on en est. Non pas vous ? Moi en 1985 j’avais bien compris qu’à la télé il fallait regarder Dallas, que tonton était notre sauveur et la CEE notre salut (euh pas certain ça …). Qu’est-ce qu’on est con à l’école primaire.

Ceci dit dans la CEE il y avait déjà l’Irlande, en Irlande des pubs, dans les pubs des irlandais et parmi ces irlandais des punks. Les punks irlandais ils tournaient dans les pubs jusqu’au jour où ils ont commencé à faire des premières parties d’un grand groupe britannique (Les qui ? voilà c’est ça !)

C’est donc après avoir ingurgité des litres de bières brunes et rousses (après tout …) que THE POGUES, avec à leur tête un gars qui n’avait plus totalement la sienne, ni toutes ses dents d’ailleurs, j’ai nommé le fantastique Shane Mc Gowan, pourra sortir son premier album produit par le non moins fabuleux Elvis Costello : Rum, Sodomy & The Lash.

C’est donc tout normalement que la playlist du moment s’ouvre avec le titre Dirty Old Town. Nous oublierons un instant l’alcoolisme grandissant de Mc Gowan pour ne savourer que son chant et cette voix si particulière. Le mariage du folk et du rock est ici particulièrement bien réussi, peut être mieux que celui de Kate et William (Et toc !).

Ceci dit n’allons pas croire que Mc Gowan est le seul détenteur d’une telle voix. Tom Waits en seconde position n’oubliera pas de nous ensorceler avec son chant d’ivrogne, des percussions incongrues et des rythmes titubants. Ce n’est pas l’album Rain Dogs et le titre Clap Hands qui vous fera dire le contraire ( Si !? Ah bon … ? Bah merde alors !).

En grande-Bretagne le rock progressif subsiste et de nouveaux groupes comme Marillion (inspiré par « Le silmarillion ») réussissent le tour de force de plaire aussi bien au fan de prog’ de la première heure qu’au fan de hard rock. Leur musique est intelligente, posée et parfois les guitares s’envolent pour notre plus grand plaisir.

Restons en Grande-Bretagne pour nous pencher sur un groupe aussi obscure que sonore : The Jesus And Mary Chain. Ces écossais du nom de William Reid (Guitare), Jim Reid (chant), Douglas Hart (Basse) et Murray Dalglish très vite remplacé par Bobby Gillespie à la batterie (ce dernier deviendra le chanteur-leader de Primal Scream) jetteront avec leur premier album Psycho Candy  les bases de ce que sera le son noise (voir même le shoegaze). C’est comme ça et pis c’est tout !

Descendons vers le sud pour rencontrer un groupe mancunien du nom de The Fall, catalogué punk mais évoluant dans une musique parfois bien plus déstructurée et excentrique que ne renierait en rien Captain Beefheart, aventurier des expérimentations sonores. Je ne suis pas sûr de toujours y comprendre quelque chose mais la musique doit elle être forcément comprise ? Parfois on se fera la réflexion que le chanteur ne chante pas … Il hurle, il crie, parle parfois. Ah ouais tiens … c’est pas faux !

Revenons à nos moutons, du coté d’outre atlantique. Allons voire du coté de la Bay Area si j’y suis … Et il y était ! Voici encore les grands groupes du Thrash qui font des siennes. Megadeth nous a pondu un album correctement produit : Peace Sells … But Who’s Buying ?. Album fort plaisant aux riffs et soli nombreux à en faire frémir le premier jouvenceau venu. Metallica sort ce que je qualifierais de chef-d’œuvre : Master Of Puppets et Slayer nous offre ce qu’il sait faire de mieux, un thrash sombre et glauque à l’imagerie satanique qui aide fortement à l’appréciation des morceaux. Un titre comme Raining Blood ne démentira en rien mes propos. Riffs véloces et acérés alternent avec d’autres lents et plombés avant d’infliger l’avalanche de soli vous perçant de part en part. N’écoute pas Slayer qui veut. La voix de Tom Araya à la limite du hurlement (souvent franchie) ne manquera pas de rebuter les plus farouches.

Éloignons nous de ces chevauchées guitaristiques apocalyptiques, sombres et morbides pour aller voir du coté de la Suède un groupe du nom de Candlemass à la musique sombre et morbide mais sur un rythme bien plus désenchanté. Leur premier album : Epicus Doomicus Metallicus sera la première pierre grise à mettre à l’édifice du Doom épique (ouais je sais c’est naze !). Imaginez une sorte de destin tragique (c’est le doom) au moyen-âge et vous avez identifié ce qu’est le doom épique. Ceci dit la voix de baryton de Johan Längqvist, alors agé de 23 ans nous laisserait à penser que nous sommes seuls, abandonnés, emprisonnés dans une pièce oubliée d’un temple, d’une église, d’une chapelle. Nous sommes entourés de droite et de gauche par deux blocs … deux blocs de pierres grises.

Le 26 avril 1986 le bloc le plus sombre se fissure suite à l’explosion d’un des réacteurs nucléaire de la centrale de Tchernobyl. C’est le destin tragique d’un million de liquidateurs qui va s’inscrire sur le registre des oubliés. Ils finiront chez eux entre quatre murs, leur corps se délitant comme la superpuissance à laquelle ils appartiennent avant de finir entre quatre planches.

Évadons nous, offrons nous un moment de plaisir, allons découvrir le mélange des genres. Redécouvrons le folklore, les chants grégoriens, les mélodies celtes et slaves sur des ambiances gothiques et éthérées. Allons découvrir Lisa Gerard et Brendan Perry et ce monument du genre qu’est Dead Can Dance. Bien qu’originaires d’Australie ces deux compagnons de complaintes sauront redonner à toutes ces musiques passées leur grâce, soutenu par les voix intemporelles des deux interprètes. La voix de Lisa Gerard est aussi somptueuse en studio qu’en live. Sachez sortir des sentiers battus pour découvrir des trésors qui n’arborent pas les joyaux habituels. Habituez-vous à la différence.

Une différence que ne cessera de cultiver jusqu’à aujourd’hui le groupe Killing Joke, toujours aussi dingue, dont le leader finira par se retirer du monde un moment croyant sa fin arrivée. Night Time est plus disco que les albums précédents et le titre eighties dont le riff de guitare vous dira forcément quelque chose (cherchez bien) est de circonstance.

N’oublions pas les piliers du rock’n’roll du moment.

Dire Straits sort Brothers in Arms dont le titre éponyme deviendra quelques décennies plus tard un hymne pour certains plongeurs de  la Mer du Nord (ceux qui ont aider à mettre en place les plateformes pétrolières norvégiennes) qui ne feront pas de vieux os.

Il y a les irlandais de U2 que l’on retrouvera pour une de leurs plus belles balades, With or Without you, triste à en mourir. Arrggghh …. je suis mort ! L’album concerné sera d’ailleurs numéro un pendant neuf semaines aux USA. Un album très intense et certainement l’un des plus grands classiques des eighties (Killing Joke ?)

En 1987, en publiant leur 6ème album, Diesel And Dust, les australiens de Midnight Oil élèvent les consciences sur l’écologie avec Beds Are Burning véritable hit interplanétaire. Ils nous ouvriront également l’esprit sur la cause Aborigène.

Dans les années 80, période de grande débauche, il y avait vraiment besoin que l’on nous ouvre les yeux. Autour de nous tout était gris … Nous allions bientôt voir en couleurs.

Aux USA, outre les thrasheux chevelus on trouve des albums allant à contre courant comme Sister ou Daydream Nation de Sonic Youth mélangeant allègrement le son noise, les influences punk et les mélodies popisantes. Le titre Schizophrenia en est un parfait exemple. Ils deviennent alors les leader du mouvement alternatif.

A une époque où le rock est peroxydé, déboule une bande de dingues mené par les frasques de son leader, Axl Rose, à la voix suraigüe et par un guitariste talentueux mais totalement autodestructeur du nom de Slash. Ceux-là nous pondent le fantastique Appetite For Destruction. En 1987 le rock ne mourra pas… non il ne mourra pas !

Entre le titre hyper nerveux Welcome to the Jungle et la sublime Sweet Child O’Mine on est saisi par la sensualité des soli de Slash et à l’époque peu de groupe ne peuvent souffrir de la comparaison à l’exception de The Cult. D’une autre manière ils nous font ressentir les mêmes sentiments en s’appuyant plus sur la voix suave de leur chanteur Ians Astbury. L’album Electric se trouve au milieu d’une incroyable trilogie : Love, Electric, Sonic Temple.

Le rock ne mourra pas en 1987 … non il ne mourra pas et cela d’autant plus que Joe Satriani enfoncera le clou avec son album instrumental Surfing With The Alien.

Laissez vous porter et surfez avec les étrangers (je traduits comme je veux !) comme ceux d’Helloween groupe allemand de heavy speed mélodique ou encore avec les suédois peroxydés de Europe. Qui ne se souvient pas de The Final Countdown ? Ce titre est un hymne … ni plus, ni moins.

J’ai souvent eu l’impression que le mélange des deux avait été à l’origine de la vague nordique de heavy speed mélodique du type Stratovarius. Mais peut être me trompe-je ?

Revenons en au metal rejetons encore non avoué du rock. Il mute dans tous les sens. Non seulement il accélère, il devient ultra mélodique mais en plus il se prête parfaitement au principe du concept album.

  • Helloween et son Keeper of the seven keys
  • Iron Maiden et son Seventh son of the seventh son.
  • Queensrÿche, le pendant américain de Maiden, sortira le concept-album, Opération Mindcrime, critique aboutie de la société de consommation américaine, machine à gommer les consciences collectives.

Le dormeur doit se réveiller, … et il doit se souvenir maintenant, … et il doit se souvenir que tout n’est pas blanc ou noir.

Aidée par le cinéma horrifique et gore de l’époque une nouvelle vague de métalleux s’exécutant sur leur guitare apparait. Ils sont encore plus enragés que les thrasheux devenus déjà trop vieux en à peine cinq ans d’existence. Ils nous offrent une musique plus sombre, sordide, violente, agressive, vicieuse et viscérale. Le groupe Death en est l’un des fers de lance. Le death metal ainsi nommé se retrouve être donc l’expression la plus viscérale d’une somme de frustrations et d’instincts primaires sans cesse refoulés. Oubliez ici les mélodies – absentes – pour vous pencher sur l’expression de la violence et le coté ultra-technique de cette musique. Serait-ce l’ultime catharsis ? L’expression de la violence ressentie à la fois sous sa forme la plus complexe et la plus simple élargit la palette des couleurs disponibles alors que tout semble plus sombre.

De leur coté Prince et Tracy Chapman nous ramènent à une musique plus audible. Le commun des mortels y trouvera un port d’attache. Il pourra adhérer à l’excentricité du premier ou à l’engagement de la seconde. Tracy Chapman nous montre que le meilleur moyen d’expression peut être une voix et une guitare.

Les années 80 c’est cela, un véritable patchwork musical. Tous les genres se côtoient, tous les genres sont à l’honneur, tout est encore possible. Dans les années 80 en France, on est plombé par la variété et quelques groupes comme Les Garçons Bouchers, Bérurier Noir ou encore la Mano Negra (l’influence des Clash pour ces trois groupes se révélant fondamentale) feront souffler un vent de révolte et de diversité sur la musique française. Marc Seberg et son rock romantique au sévère penchant de cold-wave se fera même remarquer aux states.

Toujours en 1987, Depeche Mode sort Music For The Masses. La musique est sombre froide, elle parait moins synthétique, plus réaliste comme les histoires qui nous sont contées. Ce sont les histoires d’une société, des gens qui la peuplent. C’est aussi une époque ou l’héroïne frappe en masse. Elle a envahi la cité et là où il y avait la couleur il n’y a plus que le noir, sombre et froid. Ce n’est pas la chaleur de la voix de Lenny Kravitz ni son Let Love Rule qui y pourront grand chose.

L’australien, Nick Cave, rockeur intello de son état nous offre avec Tender Pray un album de pure sensibilité à la fois brute et envoutant avec une tendance aux rythmiques chaotiques qu’un Captain Beefheart (encore une fois) n’aurait pas renié. Il est toujours intéressant de se plonger dans les albums de Nick Cave car on ne sait jamais ce que l’on va en sortir d’une écoute à une autre comme si l’on redécouvrait chaque fois un détail qui nous avait échappé. Ce Nick Cave est un crooner halluciné et hallucinant.

De nouveau des mancuniens font parler d’eux l’espace d’un instant, Les Stone Roses avec l’album du même nom. Leur musique n’a rien d’exceptionnelle si ce n’est d’être fortement influencée par les année 60, de sonner comme n’appartenant à aucune époque et d’être tendrement mélodique. Tout cela balance avec le Debaser des Pixies tiré de l’album Doolitle qui s’inscrit dans le courant alternatif, le son noise et … ta mère.

D’un autre coté, les machines viennent désormais s’inscrire totalement dans la bande son de la fin des années 80 et deux pointures du genre vont se partager le marché des déglingués du moment en produisant une musique cataloguée d’industrielle ou Rock indus:

  • Nine Inch Nails alias Trent Reznor qui n’est pas loin d’être au fond du trou mais qui continu subtilement de creuser et qui produit une musique qui alterne avec toutes les aliénations, folies, rage, de son maître . L’album Pretty Hate Machine est un des sommets du genre
  • Ministry,  groupe américain fondé par Al Jourgensen en 1981 à Chicago et qui sera la figure de proue de ce mouvement aux États-Unis influençant Trent Reznor jusqu’à ce que ce dernier le dépasse. Un jour l’élève dépasse le maître, c’est un classique (voir le sous-titre de ce blog).

En 1989 le mur de Berlin s’effondre marquant la fin de la guerre froide. Le grand bloc de l’est va continuer de se déliter progressivement alors que le bloc de l’ouest montre enfin son vrai visage. Il n’y a plus de blanc et de noir. Le monde se regarde désormais en couleur même si le gris semble pour un moment être la couleur dominante. La musique continuera d’exprimer tous les sentiments, les chagrins comme les colères, la douceur comme la violence.

Par Fremen10

~ par bioprof sur mai 4, 2011.

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