Lectures trimestrielles #9

Scène culte du film "Le septième sceau"

Lectrices, lecteurs,

bien que la période soit un peu trouble et incertaine actuellement, ce n’est que par pur hasard que la mort vint frapper à la porte de cet article. La mort est présente aussi bien dans le roman de Boulgakov que dans « L’échiquier du mal » de Simmons. Elle a emporté Isaac Asimov le 6 avril 1992 ce dernier nous laissant une formidable autobiographie dans laquelle la grande faucheuse viendra une nouvelle fois faire parler d’elle.

C’est donc tout naturellement que j’ai choisi cette photo tirée d’une scène culte du film Le septième sceau. Ce chevalier revenu des croisades joue une partie d’échec contre la mort … Une partie qu’on peut faire durer… mais qu’on ne gagne pas !

Le maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov.

Au travers d’un conte fantastique, Boulgakov nous offre à lire une allégorie de la Russie dans laquelle il vit. Les disparitions sans explication se réfèrent aux arrestations, emprisonnements et aux déportations alors que tout ce qui parait si étrange nous renvoie à l’arbitraire. Assister à l’incroyable ne suscite pas plus d’émotion que ça comme si la population acceptait finalement, avec fatalisme, ce qui lui arrive. Il nous parle d’une société totalement soumise.

En plus d’utiliser le fantastique pour nous dépeindre cette société il réussit l’exploit de mêler ses histoires personnelles et celles du peuple, de la critique de ses œuvres aux problèmes récurrents du logement. Il y met également un nombre important de références culturelles de l’époque qui étoffent son propos en faisant appel à la culture du lecteur et en faisant fonctionner à la fois sa mémoire et son imagination. Des vampires, des sorcières, des assassins, le Diable, un chat qui parle, Ponce Pilate, Jésus, Judas … tous réunis pour un grand Sabbath !

Il m’aura fallu deux lectures consécutives pour absorber les informations nécessaire à la compréhension de l’œuvre et une troisième lecture m’enrichirait certainement de nouveau.

Le tour de force stylistique est de réussir la mise en abîme d’un roman fantastique dans lequel un écrivain se donne corps et âme à la rédaction d’un roman sur Ponce Pilate et la mort de Jésus qui lui-même n’est que l’image de Boulgakov se donnant corps et âme à la rédaction de cette œuvre.

C’est un roman à tiroirs jouant sur différents niveaux de lecture mais ne trahissant jamais l’idée de Boulgakov d’approcher la satyre de cette société de l’époque en faisant ressortir ses incohérences. Critiquer tout en évitant la censure. Écrire tout en enrichissant le lecteur et raconter une histoire tout en le faisant fantasmer. Si la littérature classique russe ne ressemble qu’à ça alors il devient facile de n’avoir envie de lire que ça !

L’échiquier du mal Tomes 1 et 2 de Dan Simmons

Dan Simmons est avant tout connu pour ces ouvrages de S-F mais celui-ci possède bien d’autres cordes à son arc. Le roman fantastique semble en être une autre.

Il nous invite, au travers de ces deux tomes, à découvrir une guerre sans pitié menée par des humains dont on peut se demander si l’humanité ne les a pas quittée il y a un moment déjà.

Plusieurs groupes de personnes se distinguent. Il y a tout d’abord Mélanie, Nina et ce baron Nazi, Willi. Ceux-là ont un jeu bien à eux. Celui de prendre possession d’une ou plusieurs personnes et de les faire disparaître. Celui qui en tue le plus dans l’année a gagné. Mais comme pour tout on fini par se lasser … Il y a également Tony Harod, un pervers manipulateur et sa secrétaire, Maria Chen, une neutre. Lui n’a aucune autre envie que celui de posséder les femmes et de les contraindre à se laisser aller. Il n’a pas l’envergure nécessaire pour se mesurer aux plus forts mais n’aura d’autres choix que de rentrer dans la danse.

Il y a enfin un club très privé constitué de personne très influentes ou directement en lien avec la CIA ou le FBI. Ceux-là aussi jouent … un jeu encore plus cruel et plus raffiné.

Leur point commun est de pouvoir s’immiscer dans l’esprit des personnes et d’en prendre possession pour leur faire exécuter exactement ce qu’ils souhaitent. Jusqu’alors personne n’avait véritablement connaissance de leur existence si ce n’est ce pauvre juif rescapé des camps de la mort. Mais un soir, tout s’emballe. Mélanie est prise pour cible, elle se démène pour rester en vie et tue au passage un quidam qui passait par là. Une enquête policière s’ouvre alors et les personnages vont alors converger dans la petite ville de Charleston. A partir de cet instant une véritable partie d’échec se met en place et chacun devra y jouer son rôle. Le jeu à changé et les enjeux également. Rien ne sera plus comme avant !

Simmons s’octroie le luxe morbide d’une entrée en matière dans le camp de Chelmno, premier camp d’extermination nazi, où se sont fait les premières expériences d’élimination des juifs par le gaz. Le récit du personnage de Saulest à ce point très marquant et donne une idée de l’horreur que cela pouvait être. Simmons effleure le racisme sudiste au travers de Mélanie et profite également de ce personnage pour aborder le sujet des bnlieues. En fait c’est encore plus subtile. Il met en évidence l’abandon de certains quartiers qui petit à petit vont se remplir de délinquants. Il n’hésitera pas à aller encore plus loin dans l’ombre d’une tuerie massive mais toute cette horreur, toute cette violence qu’on pourrait penser gratuite est bien le propos du livre. Car si personne ne nous manipule alors quelle est l’explication à de telles atrocités perpétrées sur Terre ? Quelles sont les raisons d’un tel déferlement de violence ? Quelles sont leurs origines ?

Moi, Asimov d’Isaac Asimov

Voilà un ouvrage émouvant dans lequel Isaac Asimov n’oublie rien. Il nous révèle sa jeunesse et son amour de la lecture. Le jeune Asimov n’aura de cesse d’ingurgiter tout ce qui lui tombera sous la main contribuant à son érudition. Il revient sur ces études en biochimie et ses mauvaises relations avec la plupart des gens de la faculté. Il ne s’épargnera jamais et n’émettra jamais vraiment de plainte. Il raconte sa vie, riche d’anecdotes, parfois drôles, parfois sombres comme l’accumulation de décès à une certaine période de sa vie. La rubrique nécrologique finira par l’accompagner jusqu’au bout.

Isaac Asimov était athée, humaniste, rationaliste et bon vivant avant tout. Il est donc normal qu’une grande partie de son autobiographie tourne autour de repas, d’allocutions ou de discussions tout en s’attachant aux faits. Il aimait la précision et la justesse et il les restitue parfaitement. On y apprend également comment se font les livres et comment il revient à l’écriture de la saga fondation ou des robots. On comprend également qu’il ne réussira jamais à achever ce qu’il aurait sans doute considérer comme son œuvre ultime.

Enfin, on suit dans les quelques derniers chapitres sa fin et la dégradation de son état. La subjectivité s’efface et l’on comprend comme lui au fil des mots que son temps est venu. Son livre s’éteint alors comme lui s’est éteint à l’hôpital c’est à dire tranquillement. Asimov se plait à dire qu’il à un style qui plait à lire et c’est vrai. Du début à la fin le lecteur est happé dans son histoire et les phrases coulent comme la rivière dans son lit. Une œuvre à découvrir qu’on soit fan ou non du maître.

Par Fremen10

~ par bioprof sur octobre 25, 2011.

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