Parlons BD : Deuxième salve ou la redécouverte

3emetestament

Amies de la bulle et de l’onomatopée, amis du phylactère et du strip (-tease), cet article est encore pour vous.

Dix ans après ma première vraie rencontre avec le monde du 9ème art je devais y revenir par le fruit du hasard et de la nécessité.

En effet, en 1998, après avoir piteusement foiré ma première année de fac de sciences je me devais de m’occuper instamment. Pourquoi me direz-vous ? Tout simplement parce que j’avais validé un nombre important de mes modules du premier semestre (tous sauf un, en fait). Je me suis alors investi de la mission de suivre les cours de deuxième année. Me voilà donc à partager mon temps entre, les cours de 2ème année, mes 3 heures de T.P de biologie, animale ou végétale, hebdomadaires, et beaucoup de temps libre.

J’ai donc décidé d’aller me vautrer à la FNAC du coin que j’ai rapidement fini par squatter quatre à cinq jours par semaine. Au début je regardais mais je n’avais pas (et n’ai toujours pas) la fibre acheteuse et j’ai donc grimpé les étages pour me retrouver aux rayons livres et dans le coin BD. Pas évident de lire un livre en une ou deux heures de temps … Alors que des BD …

Inévitablement, dans une grande pièce où se trouvent beaucoup de personnes, vous vous dirigez le plus souvent vers quelqu’un qui vous est familier et c’est exactement ce que j’ai fait.

Je me suis dirigé vers Alef-Thau, une série de mon enfance que mon père avait pris l’habitude de me ramener de la bibliothèque de son entreprise. Au scénario officiait un certain Alexandro Jodorowsky, un nom qui ne m’était pas étranger. Et pour cause, c’était le même qui avait été à la manœuvre sur L’incal. Je ne pouvais pas oublier le héros John Difool (John The Fool –> John le fou).

Alef-Thau

Alef-Thau pleure-t-il du bon œil ?

Je relus Alef-Thau et l’histoire de cet enfant tronc partant à la quête de membres. Comme dans toutes quêtes d’autres membres le rejoignent. Suis-je bien claire ? La métaphore était tellement réussie que je n’avais jamais cessé d’adhérer à cette quête d’identité et ce jusqu’à la fin de la série, et du rêve, en  1998.

J’ai alors re-dévoré L’Incal, comprenant désormais des éléments passés jusqu’alors sous silence. J’y ai vu le coté éminemment subversif et transgressif. J’ai alors cherché à perpétuer ce plaisir en abordant, la série Avant L’incal  sur laquelle officiait Zoran Janjetov au dessin. Une fois que j’eus absorbé cette histoire, j’ai poursuivi par, La Caste des Méta-barons avec les dessins fabuleux de Gimenez et, Les Technopères avec de nouveau Janjetov au dessin.

J’étais alors dans une science-fiction très sombre et il me fallait m’en évader pour retrouver un peu de lumière. Au rythme de 2 à 3 BD par jour il devenait de toutes façons urgent d’élargir le chant de mes connaissances.

Fidèle à moi-même j’appliquai donc scrupuleusement la même méthode que précédemment et je commençai par relire les aventures fantastiques de Thorgal, Aaricia, Jolan et Louve pour finalement retenir un prénom, qui me suit, encore aujourd’hui, dans mes pensées, celui d’Alinoë. J’ai avalé rapidement les 23 tomes déjà sortis à l’époque et me suis rabattu sur les autres séries de Jan Van Hamme, c’est à dire XIII et son héros amnésique et Largo Winch et ses histoires de fric. La conclusion de tout cela c’est que Jan Van Hamme est un incroyable scénariste sachant instiller une intrigue, maintenir le suspens et vous tenir en haleine sans vous lasser. Évidemment, au bout d’un moment, lorsqu’on connait bien son travail on peut regretter qu’il tire toujours sur les mêmes ficelles.

Toujours est il que plus vous vous nourrissez de culture et d’imaginaire et plus votre appétit grandit. C’est ce qui m’est fatalement arrivé et je fus pris d’une véritable boulimie. Et comme on étanche sa soif il me fallut étendre rapidement mon champ d’action allant à la découverte de l’héroïc fantasy ou de la BD historique.

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Couverture du Ier tome du Troisième Testament.

C’est comme cela que j’ai découvert une de mes BD préférées, Le Troisième Testament, de Xavier Dorison au scénario et Alex Alice au dessin. C’est en lisant les deux premiers tomes alors parus que j’ai compris que la BD d’aujourd’hui (en 1998) était différente, que l’histoire de Conrad de Marbourg et d’Elisabeth D’Elsenor pouvait transporter bien plus encore qu’un simple rêve, une intrigue, un univers particulier mais également un style de narration, une ambiance, des interrogations et un réalisme fou. J’ai donc adoré cette balade à la fois historique, fantastique et mystique mais également stylistique. J’avais trouvé là un mètre-étalon.

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Couverture du premier tome d’Atalante.

Quand vous êtes pris dans une histoire, une époque une ambiance et que vous devez attendre un long moment avant d’y retourner il faut trouver un moyen de ne pas gâcher l’expérience. De ce fait, j’ai résolument opté pour un autre univers et je suis tombé sur Atalante et Kookaburra de Crisse. Vous l’aurez compris j’ai conservé la même méthode d’exploration de la BD. Atalante est une série d’Héroïc Fantasy antique et Kookaburra une série S-F mystique. Dans ces deux séries les dessins sont plus ronds, peut être plus enfantins, mais les deux histoires qui se poursuivent encore aujourd’hui sont en fait dramatiques. Nous faisons face à deux tragédies grecques dont l’une s’est muée en Space-opéra et c’est bien cette rondeur des personnages qui aide à faire passer la pilule aux enfants, il me semble.

C’est également à la fin de l’année 1998 que je découvre Sillage, une série qui débute juste. Je tombe raide dingue de son héroïne, Nävis. Le scénario est lié à l’esprit de Jean-David Morvan et le dessin est entre les mains de Philippe Buchet.

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Nävis, au tout début du premier album de Sillage.

On peu dire qu’à la fin de cette année 1998, je suis repu et que j’ai enfin rattrapé le retard pris en une dizaine d’années. Ça tombe plutôt bien car j’ai plus de boulot qui m’attend pour le second semestre. De fait je n’aurai plus qu’à passer une fois par semaine pour maintenir le rythme, le cap et se tenir au courant des différentes sorties. Désormais je n’aurai plus qu’à lire le nouveau Sillage, Thorgal, Largo Winch, XIII, …

Dès lors je me sens tellement à l’aise avec les différents styles de bandes dessinées que je n’hésite pas à en offrir à mes proches et même à ma petite amie du moment. Celle-ci, en lisant les albums en ma possession m’avait expliquer ne pas savoir qu’elle était vraiment son style de prédilection. La plupart du temps elle trouvait les BD bien, sans plus. Pfff… les gonzesses. Alors, pour Noël, je lui ai offert Le Sursis, une histoire d’amour avec un héros résistant, pendant la seconde guerre mondiale. Le personnage féminin, Cécile, est dessinée de façon délicate, subtilement éclairée, ce qui la rend véritablement sublime. Le résultat était couru d’avance : l’enchantement. Pfff… Un peu de romantisme et on s’enflamme.

De mon coté, je poursuis l’exploration des genres en évitant de lire des albums trop proches de ceux que je suis déjà. C’est l’occasion de tenter les Mangas (version japonaise de la bande dessinée). Je tombe alors sur  Gunnm de Yukito Kishiro, véritable chef d’œuvre du cyber-punk. En plus, j’ai de la chance car la série est achevée. Je sais désormais que le Manga peut, lui aussi, avoir toutes ses lettres de noblesses même si aujourd’hui nous sommes abreuvés de séries fleuve qui s’essoufflent au fur et à mesure du récit.

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Gally, personnage principale, ici rêveuse.

Cherchant toujours à éviter, de près ou de loin, les ersatz de mes séries phares je m’orientai alors vers les BD humoristiques comme Bill Baroud de Manu Larcenet ou renouai avec la Rubrique-à-brac de Gotlib que j’avais bien lu, il y a un temps de cela, mais qui j’avoue m’avait laissé de marbre, inculte que j’étais alors. Avec ces conneries j’ai fini par acheter, un peu comme un snack, certaines parutions du journal Fluide Glacial. D’excellents coupes-faim ayant le don de vous mettre de bonne humeur. Quelques années plus tard alors que je serai en train de préparer mon CAPES je ne m’étonnerai même pas de voir la coccinelle de Gotlib dessinée sur mes polys de cours. L’un de nos profs était fan.

coccinelle

De fait, après autant de pérégrinations et de dégustations j’avais désormais l’éducation nécessaire pour apprécier une série comme Lanfeust de Troy dans laquelle Arleston et Tarquin redoublent de talent pour tourner en dérision les codes de l’héroïc fantasy et nous abreuver en calembours et autres blagues potaches. J’y vois les références multiples et chaque album nécessite de passer du temps pour tout décortiquer. C’est une BD de geek dirait-on aujourd’hui. En fait, c’est l’œuvre de deux artistes ayant totalement absorbé les codes du genre et sachant les détourner à leur guise. En 2001, je profiterais d’une amie pour avoir l’occasion de lire l’ensemble des albums chez elle en se marrant tous les deux à l’énoncé des gags. La BD c’est aussi le partage !

Hébus... Troll

Fallait pas rater l’Hébus.
C’est un troll Hébus !

2001 c’est également l’année où sort le premier tome de la série Sanctuaire avec Xavier Dorison au scénario et Christophe Bec au dessin. Cette série du genre fantastique va me pousser dans d’autres bras. Sha de Mills et Ledroit renoue avec le coté sombre que j’avais maintenu un temps à distance. Mais cette fois je n’ai plus de problème à varier les genres me tournant d’une part vers Le Décalogue et son intrigue véritablement prenante puis d’autre part vers La quête de l’oiseau du temps de Loisel, BD au coté enfantin mais faussement innocent.

En 2001, toujours, j’acquiers un ordinateur pour mes études qui au final m’entraine vers le gavage de mon disque dur, en films, musiques et autres. Se nourrir de culture, s’ouvrir de nouvelles portes vers des mondes inexplorés, vous entraine inexorablement à franchir de nouveaux paliers.
En 2003, la culture m’appelait, Dune de Frank Herbert m’appelait aussi, ainsi que mes études, figurez-vous !

Je devais laisser encore pour un temps … plus court celui-là, le monde des cadres , des phylactères et autres onomatopées pour me concentrer sur celui des schémas, des formules et du vocabulaire scientifique.

Mais, je reviendrai …

Par Fremen 10

P.S : Certains voudront certainement me lapider pour ne pas avoir lu Les Chroniques de la lune noire ou Aquablue. Que ceux-là se rassurent, c’est juste que je ne m’en souviens plus très bien. Je me rappelle avoir préféré Aquablue par contre.

~ par bioprof sur mai 9, 2013.

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