Crise, croissance économique … et ta mère !

Lectrices, lecteurs,

En voici d’un titre bizarre !? Non, c’est un titre pour attirer le poisson, le forcer à lire un article qui ne serait pas forcément très appétissant au premier coup d’œil.
Pas très appétissant parce que bon ils nous les brisent un peu avec la crise, le triple A de la France et leur prévision de croissance économique souvent pour ne pas dire toujours à coté de la plaque. C’est aussi parce qu’il faudrait prendre un peu de recul historique et scientifique sur tout ce foutoir.

Pour maintenir son lectorat (j’allais écrire son auditoire) attentif il faut balancer le pavé dans la mare dès le début. Comme j’ai des tendances naturelles à la provocation je n’hésite pas un instant : Le principe de croissance repose sur une idée erronée et de ce fait la notion actuelle de crise l’est également !

Ô l’autre il est gonflé !! Ouais ouais y’a un peu de ça !  C’est à dire que moi je ne vais pas vous faire une longue dissertation sur l’économie et déclarer que nous sommes au bout d’une politique Keynésienne. J’aurais plutôt tendance à vous dire : » Ne croyez pas cet économiste émérite professeur en sciences économiques qui n’ont de science que le nom ! « 

Bien que la dette ne cesse d’augmenter depuis 1973, ce qu’oublie de dire ce monsieur c’est que la politique de Keynes et Roosevelt visant à redresser le pays impliquait une sacré dose d’impôt. L’argent de tous mis au service de tous, résumerait l’idée de la politique Keynésienne. Imposer fortement une partie aisée de la société américaine a permis de mener les grands plans de construction sur les infrastructures du pays tout en empêchant que la dette s’envole. La perspective historique idéale permettant de lier un peuple par de grands travaux serait celle de la route des incas, d’un peu plus de 6000 Km et construite à haute altitude, dont il reste encore 25% aujourd’hui. On pourrait également parler des via romana mises en place par l’empire romain. Dans tous les cas cela a permis une meilleure administration des territoires et une meilleure circulation des biens et des personnes.

Mais il ne faudrait pas éclipser le fait que l’économie n’est pas une science. Pourquoi n’en est elle pas une ?

  1. En sciences les mêmes causes produisent les mêmes effets et il y a donc un caractère inhérent de prédictibilité : vous vous accorderez certainement pour accepter le fait qu’il y a autant de solutions possibles qu’il y  a de spécialistes en économie.
  2. En sciences une théorie doit être falsifiable, c’est à dire que toute observation  qui la contredirait impliquerait que la théorie est fausse. Dois-je en rajouter plus ?
  3. Il doit être possible de faire des expériences pour tester les affirmations. On voit là la limite des « sciences économiques » et mêmes les modélisations informatiques les plus puissantes on bien du mal à nous sortir des résultats convaincants.

Bien évidemment qu’il n’est pas interdit d’émettre des hypothèses. Cependant, il faut bien voir que la part d’irrationnelle dans l’économie est une composante importante dans la façon dont un évènement peut en entrainer un autre et provoquer un emballement complet de la machine. Cela se comprend aisément une fois qu’on a posé les données préalables à la résolution du problème. Chaque pays possède une histoire qui lui est propre et qui influencera ses décisions. Les peuples et les électeurs des différents pays  n’ont pas forcément en point de mire les mêmes aspirations, la même volonté. Dans chacun des pays et même entre elles les banques n’entretiennent pas les mêmes relations financières.

Alors oui on peut faire semblant de bâtir d’énormes théories en utilisant les mathématiques, la démographie, la sociologie, l’histoire … mais la vérité est que l’idéologie de chacun influence également profondément sa vision de l’économie et les moyens de maintenir la sacro-sainte croissance.

La crise de 2008 devrait pourtant nous éclairer. Celle-ci est directement issue de l’idéologie des élites financières de la banque centrale américaine (La Fed) : l’AMERICAN WAY OF LIFE.

Si vous n’avez pas compris ça alors vous n’avez rien compris et vous ne comprendrez rien au reste. Rien ne doit entraver le mode de vie des américains et surtout leur liberté de consommer. Or, comme pour les pays européens, les USA ont atteint un cumul des déficits (c’est à dire une dette) incroyablement élevé pesant sur la consommation et donc l’économie américaine.

La question à se poser c’est : « Pourquoi une contraction de la consommation pourrait elle être si néfaste à l’économie d’un pays ? » La réponse est dans les cours de géographie de collège. L’économie d’un pays se traduit souvent par le PIB de celui-ci mais il est plus facile de prendre en compte exportations, importations et consommation. Si vos exportations sont bien plus importantes que vos importations alors le pays gagne de l’argent, ses habitants également normalement, et la consommation est soutenue bien qu’elle ne nécessite pas d’être élevée pour que le pays se porte bien. Dans le cas où les importations sont bien supérieures à vos exportations la balance est déficitaire et c’est la consommation des ménages qui soutient la croissance. Si les salaires versés ne permettent pas de soutenir la croissance on développe alors le crédit, et plus particulièrement le crédit à la consommation pour des gens qui n’en ont pas les moyens évidemment.

J’en reviens donc à 2008. La FED abaisse les taux d’intérêt sur les emprunts pour permettre le crédit et soutenir la consommation. Les banques y voient tout de suite un moyen de faire de l’argent. Vous prêtez de l’argent à quelqu’un qui ne pourra pas rembourser, souscrivez une assurance pour vous prémunir et empochez en plus la baraque. Ces subprimes (créances hypothécaires à risque) sont alors titrisées et mélangées avec d’autres titres. Tout cela fait le tour de la planète et lorsque la bulle immobilière américaine éclate BOUM c’est la planète qui ramasse !

La crise de 2008 est une crise du crédit et de la malhonnêteté mais c’est avant tout une crise de la croissance américaine, une crise de l’AMERICAN WAY OF LIFE !

Une fois qu’on maîtrise un peu ces notions on peut s’amuser à décortiquer les différentes situations.

Prenons la Grèce. Voilà un pays qui vit avec un crédit à la consommation depuis son entrée dans l’euro. Avant que la crise grecque n’éclate il était possible d’acheter des produits comme des chaussures ou des vêtements à crédit. La Grèce était alors un pays mal géré (je ne sais pas si je dois utiliser en plus le présent ??), truquant ses comptes et aidé en cela par une agence de notation américaine. Un pays ne récoltant quasiment pas d’impôts mais fort de ses services publics.

D’éminents économistes vous diront qu’il fallait tout privatiser (voir cet article) pour s’en sortir et éviter la situation actuelle.

La réponse est toute autre et bien antérieure. Lorsque la Grèce est entrée dans la CEE le 1er janvier 1981 il aurait fallu la contraindre à plus d’impôts (et surtout à les encaisser), à ne pas tout miser sur le tourisme, à développer l’industrie de la connaissance et à permettre l’innovation dans ce pays. Un pays qui repose sur le tourisme et les services ne maitrise pas son destin et se voit obliger pour maintenir une croissance durable de soutenir la consommation. Et dès lors on rentre dans un cercle vicieux.

On peut continuer notre tour d’Europe avant d’arriver à la France.

Attardons nous sur l’Irlande qui elle a tout misé, un peu comme l’Islande, sur la finance. La finance est au ras des pâquerettes et BOUM l’Irlande et son système bancaire sont au fond du trou (voir cet article). Voilà comment un pays subventionné par l’Europe s’est jeté dans les flammes de l’enfer et comment sa jeunesse a de nouveau repris son émigration.

Nous pouvons prendre un exemple plus proche géographiquement et plus proche dans la façon de faire.

L’Espagne est sans doute le meilleur exemple de ce qu’il ne faut plus faire et on le sait pour le vivre. Ce pays a suivi l’exemple français en intensifiant son agriculture, appauvrissant les sols, tarissant ses rivières et épuisant ses nappes phréatiques. Ils sont dès lors entrés en compétitions avec les agriculteurs français en ayant recours a un moyen jadis utilisé par les français ; la main d’œuvre bon marché. On engage des immigrés, clandestins ou non, en les payant une misère et en leur octroyant des conditions de vie tout aussi misérables … l’esclavagisme moderne c’est ça !
L’Espagne se développe, revoit ses infrastructures, développe le tourisme et profite d’une manne financière pour construire encore et toujours des cités d’immeubles dans lesquelles vont s’entasser les personnes aux plus faibles revenus. Ils suivent les infos ou non ? Pendant ce temps peu d’industries se mettent en place et lorsque la crise passe la bulle immobilière explose et les chantiers s’arrêtent. La population se retourne vers ses immigrés qui pourtant lui offraient jusque là une vie à bas coût !

On ne peut d’ailleurs pas comprendre le mouvement des indignés espagnols si on n’a pas à l’esprit que la plupart des trentenaires vivent encore chez leurs parents dans l’incapacité de trouver un logement. Cette réflexion vaut également pour le sud de l’Italie.

Quoi qu’il en soit nous pouvons nous attaquer à notre propre cas. Quelle est la situation de la France ? Elle est simple ; une dette qui s’envole, des exportations insuffisantes. L’expression qui revient est manque de compétitivité. Dit comme cela on pourrait croire que la faute en incombe aux ouvriers, aux cadres et aux ingénieurs. Sauf qu’en terme de productivité les salariés français sont loin d’être à la traine, ils sont même plutôt dans le wagon de tête. Alors comment peut on être plus compétitif ? En travaillant encore plus jusqu’à faire mourir les salariés à la tâche ? Bien évidemment que cette solution n’amènera que peu de résultats et pour une raison simple c’est que pour exporter il faut des produits manufacturés. Pour produire il faut des industries, pour avoir des industries il faut les protéger et non s’en séparer comme l’a fait la politique menée depuis 10 ans. Voulons nous faire de la France un pays de tourisme et de services avec ce que cela entraine ?

La faute est avant tout politique. Désindustrialiser la France fût la plus grande erreur car derrière on a fermé des filières de formation, on a obligé les enfants à suivre le même moule du collège unique jusqu’au bout car il ne fallait plus de main d’œuvre. Les industries délocalisées offrent de la main d’œuvre à moindre coût. Ici il ne vous reste plus qu’à consommer, acheter une console de jeux provenant du Japon, une voiture construite en Roumanie, des tomates produites en Espagne, du textile ou des smartphones produits en Chine. Nous importons donc plus que nous exportons, nous réalisons même des transferts de technologie. Je n’ai rien contre l’idée de partager le savoir, j’en ai fait mon métier, mais pour autant je ne me sépare pas du mien.

Pour autant le problème n’est pas récent bien qu’il ait été masqué depuis tout ce temps. Comment ça vous ne voyez pas ? Quelques indices : Le Royaume-Uni et l’Inde, l’Espagne et le Mexique ou le Pérou, le Portugal et le Brésil, la France et le Maghreb, le Niger, le Gabon … Depuis 1492 jusqu’aux guerres coloniales nous avons puisé notre croissance et notre développement dans les ressources d’autres continents. A partir du moment où vous n’y avez plus accès qu’en payant il faut négocier les prix quitte à financer des coups d’états ou à maintenir des clans à la tête d’un état soi disant ami. Lorsque cela ne suffit plus vous pouvez déclarer la guerre à l’Irak par exemple histoire de s’approprier son pétrole et de s’octroyer quelques années de répit encore. Vous pouvez encore saisir au vol la révolte d’un peuple pour vous assurer de négocier un approvisionnement en pétrole de bonne qualité comme en Libye.

Aujourd’hui une guerre économique de grande envergure est menée entre tous les pays et là où il devrait y avoir une politique tournée vers l’avenir c’est une politique du passée qui s’affiche.

Aujourd’hui la France continue de s’appuyer sur une agriculture moribonde au service des industries agroalimentaires et de la grande distribution. Il faut soutenir la consommation je vous dis !

La France s’appuie sur le tourisme qui souffre de plus en plus de la comparaison. Les prix son exorbitants, les services de faible qualité et il faudra repasser pour la gentillesse et la courtoisie. Consommation, consommation …

L’état cherche à développer l’entreprenariat et les services. Pour qui ? Pour quoi ? Pour la consommation alors que cela pourrait être une vraie solution à condition d’être tourné vers les gens.

J’en arrive au véritable sujet. Depuis le début ce qui permet la croissance c’est l’exploitation de ressources, minières, énergétiques ayant pour conséquence de meilleures conditions de vie et le développement des sciences et des technologies et donc de la société. Sans ressources pas de croissance et pas de progrès !

Le principe est simple, vous puisez dans votre milieu, vous l’épuisez, vous êtes confronté à une limitation. Pour la surmonter deux possibilités, allez puiser ailleurs (conquêtes, colonies) soit vous trouvez une astuce pour accéder à d’autres ressources ou à des ressources équivalentes et à les épuiser moins rapidement (sciences et technologies). Lorsque vous perdez vos colonies il faut changer de politique pour entretenir la croissance. Nous y sommes importations et consommation. La boucle est bouclée.

C’est là où le naturaliste / biologiste / géologue intervient.

  1. La Terre est un environnement limité en ressources. Chacun des minerais exploité possède une quantité fini. Il en est de même des réserves énergétiques en pétrole et charbon. Même le minerais d’uranium n’est pas infini (environ 50 années de réserve) et il faudra bien penser à se libérer du nucléaire.
  2. Aucune espèce ne possède une croissance illimitée dans le sens où elle dépend des ressources du milieu et que si les individus de celle-ci ne meurent pas ils séquestrent dans leur organisme de plus en plus de matière indisponible pour l’écosystème.
  3. La croissance est donc permise par les éléments prélevés dans le milieu et lorsque ceux-ci ne sont plus disponibles ou accessibles l’individu meurt ou se déplace à la recherche de ces éléments.

Si l’on compare notre société à un organisme vivant, nous avons eu une croissance rapide et un développement tout aussi rapide. Cela se traduit par ses infrastructures, ses services publics et son système de protection sociale qui définissent certainement le climax d’une société organisée. Lorsque vous n’avez plus accès facilement aux ressources (fin des colonies, prix des matières premières élevés) la croissance se ralenti mais pour autant le développement (qui se traduit par l’acquisition de nouvelles fonctions) peut se poursuivre car les conditions nécessaires que sont, un enseignement de qualité, la santé et le logement le permettent.

Des innovations importantes peuvent donc encore apparaître comme les télécommunications, la maîtrise de l’énergie nucléaire ou encore internet (qui commence à dater reconnaissons le).

Lorsque le climax est dépassé, comme aujourd’hui, l’organisme, ici la société, notre pays, s’auto-cannibalise pour durer plus longtemps. ils ‘agit d’une sorte d’instinct de préservation.

  1. On se sépare des parties que l’on juge désormais inutiles. Séparation d’un certain nombre d’infrastructures (privatisation des autoroutes par exemple).
  2. Certaines fonctions indispensables ne peuvent plus être accomplies. On se sépare d’un certain nombre de services publics, livrés au secteur privé !
  3. La protection de l’organisme ne peut plus être assurée. La santé se dégrade, les protections sociales fondent comme neige au soleil.

Le développement s’arrête car les conditions nécessaires à l’acquisition de nouvelles fonctions ont disparu.

Vous l’avez compris c’est la société entière qui s’effondre sur elle-même et périclite comme cela est certainement arrivé aux diverses civilisations éteintes ou encore à l’empire romain.

Dégrader l’éducation, la santé, l’alimentation et l’accès au logement c’est voir disparaître les chances de voir le pays refleurir.

L’alternative nécessite évidemment de moins consommer et donc de le faire plus intelligemment, de mieux gérer les ressources, de recycler au plus vite la plupart des minerais. Cela nécessite de réindustrialiser le pays en incorporant des technologies moins consommatrices d’énergie, respectueuses de l’environnement. Il faut donc obliger les industries à incorporer ces technologies par des lois. Obligation de fournir leur énergie à partir du solaire, de l’éolien, du biogaz, d’utiliser des matériaux plus isolants, d’utiliser la chaleur dégagé dans un bureau, un atelier et de la faire circuler dans les locaux.

Il faut plus d’impôts mis au service de tous. Il faut privilégier les sciences et l’innovation publics et non privés qui servent les intérêts particuliers. Il faut revoir notre politique démographique et remplacer la question du vivre plus longtemps mais moins bien par celle du aussi longtemps mais bien mieux.

Depuis l’avènement du christianisme et  de la philosophie de Descartes la nature était censée être au service de l’Homme et de ses besoins. Désormais, il va tout simplement falloir apprendre à vivre en équilibre avec notre environnement et les organismes qui la peuplent.

La crise ne touche pas tous les pays. pas encore ceux qui ont des ressources, pas ceux en plein développement. Les pays européens ont dominé le monde depuis la renaissance mais il ne domineront plus le monde demain. Cette crise est certes une crise de la dette, mais c’est avant tout une crise des ressources, une crise de la guerre économique, une crise de l’idéologie du XXème siècle aujourd’hui obsolète !!!

Par Fremen10

~ par bioprof sur octobre 31, 2011.

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